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11/05/2021

I SEN !

En occitan, lorsque l’on se trouve devant un défi attendu mais craint, on profère cette expression. I sen! Nous y sommes! 
L’advenue et le déroulement de la crise qui nous concerne suscitent parfaitement ce cri. 
Je m’explique: j’ai bien peur que nous subissions le choc majeur qui nous était promis dès les années 1970 mais que les dirigeants ont occulté, méprisé, ironisé. Je l’ai déjà dit maintes fois, le Club de Rome situait dans nos dates  la rupture majeure. Mais, fondée sur le dogme mécaniste et le mythe du marché tout puissant, la science économique de la croissance a négligé superbement les dimensions biogéophysiques de l'activité humaine et nié l'existence de la biosphère dont nous dépendons. Nos élites ont superbement disjoint la croissance économique du développement, afin de supprimer les freins socio-écologiques que ce dernier pouvait générer. Ainsi on a ouvert de plus en plus les boucles de rétroaction, cela même qui permet de piloter lucidement les sociétés humaines. Jusqu’à plus soif, jusqu’à... ce que l’on perde la main, que les systèmes privés de régulation dérivent hors contrôle. Jusqu'à ce que le gigantisme des systèmes excède largement les capacités de ladite régulation. Hors contrôle ça veut dire sans que l’on sache ce que va produire la crise, inélustable, au point de vue tant économique qu’humanitaire. Les nouvelles venues d’Inde ne montrent pas autre chose.
Le message qui émerge de ce chaos planétaire est, pour le moins, que le développement économique ne saurait impunément se poursuivre sans une profonde restructuration et une réorientation radicale de la conduite des sociétés. Pourtant je n'aperçois pas  vraiment d'émergence une prise en main de cette réorientation qui, je l’avoue, affecte très profondément la logique du type de capitalisme qui nous gère. On se satisfait de déverser des millions de milliards d’argent pour éteindre l’incendie, on continue de sabrer à peu près partout les services du « care », on parie comme toujours sur le génie créateur de l’industrie pour redresser la barque... et revenir à la bonne pompe à fric au profit des actionnaires.
Je suis consterné d’assister à une débandade vaccinale, illustration fidèle d’un logiciel cognitif (individuel et collectif) branché sur le gain de court terme. On n’espère pas de traitement pérenne mais des vaccins, défausses temporaires pour traiter le problème Covid. C’est le principe Microsoft qui domine, soit la préférence d’un abonnement renouvelable annuellement, à un achat sec des applications informatiques. Idem pour le réchauffement climatique. Idem pour l’énergie repoussant à plus tard les problèmes créés aujourd’hui (traitement des déchets, épuisement des terres rares,...). Demain sera un autre jour comme le disent les libéraux et à long terme nous seront tous morts (Keynes)... autant de pieds de nez à l’avenir, autant de mépris pour nos enfants et petits enfants. Ce vieux rêve qu’il y aura un monde meilleur (paradis, eldorado, walhalla, la lune, Mars,...) plus tard, ailleurs. Cette fuite qui fut d’abord « merveilleusement positive » (les trente glorieuses), devient de plus en plus érosive, c’est à dire à bilan négatif. Je ne vous ferai pas l’insulte de citer tout ce qui ne va plus et que les écologistes de tout poil et de toute qualité égrènent en permanence, mais nous sommes arrivés « à l’os », c’est à dire que nous attaquons des fondements vitaux. Et toujours, nos pathétiques dirigeants ergotent sur des clopinettes volantes, nous faisant la leçon écrite par d’autres (plus forts, plus riches, plus rusés,..) convoquant même de vieilles chanteuses pour accréditer leur piètre marketing. Pourtant, la tension monte et l’effet cocotte minute pourrait bien faire exploser les choses*. 
 
Si on convoque un instant Nietzche, pour éviter Lordon, il nous dit qu’il est nécessaire de changer de système de référence pour bien comprendre ce qui se passe dans la réalité. Il nous interdit les « autres mondes » pour changer nos vies ici et maintenant, Mais en changeant profondément les structures qui, sinon, nous ramèneront par inertie dans la même ornière. Les discours existants sont inopérants, ils en ont fait la démonstration. Le néo libéralisme, la social démocratie, le socialisme, voire le keynésianisme, l'ordolibéralisme (défini par Michel Foucault) surtout, n’ont pas changé, sinon infléchi, le trend suivi par les sociétés. Je crains que les idées écologistes disponibles soient trop infectées de ces idéologies pour s’avérer des issues radicalement efficaces. Toutes ces idées se sont attaquées à l’un ou l’autre des piliers du capitalisme, alors qu’il faut changer la totalité de la logique. Sinon, telle une hydre, les dérives repoussent, inexorablement.

Je vais tenter une parabole. Nous sommes dans un labyrinthe dont nos dirigeants ont perdu le plan. Nous errons et ils nous disent « allons plus loin on va s’en sortir », et comme ils sèment en même temps du ciment, ils rendent le chemin à sens unique et encore plus illisible. Ils nous vendent la sortie prochaine et un soleil futur radieux, quand ils ne maitrisent rien de la progression et ni du cheminement. Leur espérance réside dans les résultats de chercheurs qui s’évertuent à trouver des voies, mais que l’impatience des conducteurs rend aléatoires et risquées. Une "élite" convaincue les suit, ramassant ci et là des rentes ou des subsides, à l'intérieur de la bulle artificielle. Le "reste" supporte de plus en plus mal, à la fois cette révélation active de la vacuité de projet viable et le risque écologique encouru, maintenant révélé. " Abritées derrière le discours de la modernité, de l’ouverture et du vivre-ensemble, les catégories supérieures participent ainsi violemment à la relégation sociale et culturelle d’une majorité des classes populaires. Par leurs choix, économiques, résidentiels, sociétaux, elles contribuent au lent processus de désaffiliation sociale et culturelle des plus modestes."**9926108-guy-confus-de-dessin-animé-se-gratter-la-tête.jpg

À quoi se rattacher alors, me direz-vous? Peut-être la réhabilitation d’un corpus scientifique que l’on n’a pas voulu voir jadis, celui de N. Georgescu Roegen. Son approche n'est pas une simple application de la thermodynamique à l'économie, et encore moins une nouvelle analogie entre physique économie. La pensée dialectique de Georgescu-Roegen est bien plus complexe. Rien n'a de sens dans les sciences du vivant sauf de les observer à la lumière de la théorie de l’évolution. L'idée de réconcilier l'économie et l’écologie, via l’entropie, est désormais à l'ordre du jour des discours. Hélas le changement de paradigme que cela mériterait ne trouve pas un écho suffisant dans les arcanes de l’armature scientifique qui nous gère. Un signe, les ouvrages de N.G.-R.*** et de ses disciples Daly et Boulding ne sont que très chichement traduit et publiés en France. Alors, l’idéologie mathématique qu'il nomme l'arithmomorphisme, et qui consiste à croire que le monde réel, celui dans lequel nous vivons et dont nous faisons partie, est réductible aux nombres imaginés par notre culture occidentale depuis Pythagore, continuera sans doute à nous entrainer ver le cahot. 
 
* lire et (entre autre) écouter Michel Maffesoli "L’ère des soulèvements » interview d’A.Bercoff, sur Facebook
** Christophe Guilluy. « Le crépuscule de la France d'en haut. » Flammarion. 2016
***NicholasGeorgescu-Roegen, De la science économique à la bioéconomie. Revue d'Économie Politique, mai-juin 1988
Et: Demain la décroissance, (préface et traduction d'Ivo Rens et Jacques Grinevald), Lausanne, Pierre-Marcel Favre. 

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