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12/12/2012

IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'EST

 Ce western qui se déroule dans les plaines de la Moselle, autour du fort de Florange, met en scène des personnages classiques. Pour décor, une ville sinistre, grise et pluvieuse. Le héros, fringant jeune premier aux yeux bleu pervenche, déboule un beau matin et harangue les foules en brandissant son colt nickelé Nationalisation. Il possède une réputation enviable de Lucky Luke, acquise lors de la conquête de la marinière de Plougastel. Il fait un tabac et les mineurs, travailleurs et boutiquiers se sentent régénérés face à la menace des indiens Mittal, implacables éradiqueurs d’emplois, scalpeurs de fourneaux, fiéffés menteurs, portés sur plus le profit que le bien public. Des sortes d’Apaches des temps modernes alliés à la tribu des Arcelor dotée des mêmes travers. Mais le sherif Ayrault, austère et lisse comme une crosse de Winchester, labas dans les salons dorés de la capitale, désavoue le cavalier blanc et le rappelle à la garnison. L’homme à l’étoile incarne parfaitement la Raison d’État, froide façon d’habiller les craintes des édiles, hantés par le spectre électoral et les affres de la critique des grands propriétaires aiguillonnés par la dame Parisot. Little Big Man, cow boy d’opérette normal et ayant aversion de bruit et fureur, agit dans l’ombre pour faire cesser cette insurrection. Le charismatique Edouard Martin, porte parole des gens de Florange, tient meeting dans les saloons pour dénoncer la félonie des autorités en rappelant les mensonges passés, les promesses non tenues et les voyages de noce opportunistes. Il est parfait dans un rôle difficile, voué à l’échec. Mais on sent qu’il croit à son texte et il donne du vécu à l’interprétation en miroir du pseudo Lucky Luke un peu trop propre et ne sentant pas bien la poussière ouvrière. Il incarne le courage adossé à l’abime du chômage, l’espérance du désespoir comme disent les condamnés. Le réalisateur ne pouvait oublier le chinois, charognard aux aguets, attentif aux retombées qu’il peut retirer de ces évènements mortifères. Sur son épaule l’oiseau au bec crochu, griffes énormes et œil torve, prêt à fondre sur les proies espérées. Repreneur oui, mais de cadavres industriels bradés à des fins peu avouables.florange-panneau.jpg

Le film intègre une seconde histoire, collatérale, destinée à souligner le caractère dérisoire de la lutte des militants. ll donne à voir des épisodes de la guerre de secession entre Lee Copé et Grant Féllon. Images surréalistes de combats fratricides sans égard pour la piétaille qui laisse ses espoirs et ses plumes dans cette lutte pour le pouvoir. Les généraux, campés en lieutenants serviles, contribuent à l’aspect à la fois décalé et dérisoire de cette guerre de chefs.

La fin du western est ouverte,  «I’m poor lonesome cowboy… ». On peut imaginer une issue idyllique dans laquelle tous les protagonistes sont francs. Les hauts fourneaux se réchauffent, les travailleurs reprennent le chemin de la coulée d’acier, les dirigeants (privés ou publics, ou privés-publics) trouvent enfin des idées d’innovations comblant le marché. Ou bien, favorable, selon l’idée que l’État assure une sortie de crise apte à intéresser un repreneur moins Rappetout que l’indien à un prix non cassé. Ou bien, honorable, avec des licenciements réduits et des reconversions dignes pour les personnes touchées.

Mais les pessimistes (ou les lucides peut être) imagineront une déconfiture générale, le chevalier blanc, le shérif et little big man floués sur toute la ligne avec calamnity Marine tirant les marrons du brasier.

Les westerns ne sont plus ce qu’ils ont été !!

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