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23/12/2014

CONTE DE NOËL : La mouette fienteuse

 

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On l'appelait Papa Moher. Synthèse vivante des rois mages, il venait de loin dans son traineau trainé par deux Lamborghini, l'une blanche, l'autre rouge, la hotte débordante de myrrhe, d'encens et d'euros.

A Montpellier, établi marchand d'échafaudages, il s'acheta un club pour valoriser son image. En déballant le paquet, il s'aperçut qu'il s'agissait d'un club de rugby. Alors, les premiers Noëls, il s'offrit des jouets argentins qui ne coûtaient pas beaucoup d'argent et l'amusaient sérieusement, mélangés aux enfants du cru (Pic Saint Loup). Puis, un peu enivré par le succès, les monstres exotiques des mers australes et des îles au nuage blanc, devinrent pour lui une addiction. Comme cochers (j'ai dit cocher pas coacher!) de cet attelage il se dota de deux personnages - un sorcier et un bonimenteur - qui firent d'abord merveille, tutoyant les sommets de la réussite sans y être vraiment attendus. Hélas le sorcier fut emporté par un mal implacable. Seul le bonimenteur tenta tant bien que mal de concilier le sport, les medias, sa cassette et beaucoup d'autres intérêts. 

Papa Moher, dont le citron avoisinait maintenant la pastèque, décida brutalement de mettre sa mouette logofiée (certains voient un aigle, mais on les dits obséquieux) en exergue. L'oiseau planant se mis à fienter un peu partout, maillots, panneaux,... Jusqu'à occulter le nom du mythique Du Manoir au fronton du stade! Pas plus, pas moins!

Alors, là-haut, dans la brasserie des nuages que tient Roger Couderc qui sent bon l'anis et où l'on croise pèle mêle, Ferrasse, Jean Prat, Fouroux, Jules Cadenas, Puig-Aubert, Trescazes, Jaureguy, Alfred Roques, Cassayet, le Postier, Canto,… soit un mélange détonant de gros pardessus et de princes des pelouses, le ton monta. "De qué, de qué! Qui a osé toucher au héros? A quo se pot pas!". Ils reprirent du foie gras et du cassoulet, n'ayant plus à se préoccuper du cholestérol, ajoutèrent une rasade de Terrassou cuvée "Pierres Plates" n'ayant plus à craindre les radars, et conclurent "Il faut mettre le hola, sinon ils vont s'attaquer au gosse (Aimé Giral), au frangin (Guy Boniface) et au Duc (Domenech). Déjà, on a laissé faire quand ils ont fait des calendriers coquins, quand  ils ont joué en rose! Voyez ce que sont devenus les maillots qui ressemblent à des affiches de maison close! Alors on ne va pas laisser les stades s'appeler comme des échafaudages, ou des montures de lunettes, Millo dious! "

Quelqu'un, au fond, qu'on ne distinguait pas bien, se hasarda à suggérer que "Bon, Mayol et la virilité, c'est moyen et ça avait fini par du muguet…"* Le grondement qui monta fut tel que l'imprécateur se mua en ectoplasme et qu'on le menaça d'appeler quelques fils de Besagne bien saignants! Armand, agitant son battoir gauche, dit "Attenchion!" et tout rentra dans l'ordre.

Après débat (houleux mais correct), il fut décidé de faire en sorte que le club de Papa Moher perdit de nombreux matches à l'extérieur, comme à la maison. En fait, presque toutes les fois que la silhouette du volatile suspect s'étalerait sur les maillots de l'équipe! Décision équilibrée en définitive, certains trouvant la peine trop légère, tel un simple avertissement arbitral donné à un cravateur venant d'arracher la tronche d'un adversaire. D'autres plaidant pour une certaine mansuétude vis à vis d'apporteurs de capitaux à un sport qui demandait de plus en plus de carburant. L'argent n'a pas de morale c'est bien connu! D'autres fustigeant la responsabilité inconsistante des édiles clapassiens ayant permis cette forfaiture. Les plus pessimistes évoquant l'implacable mutation d'un monde ovale "conciliant" (Armand disait conchiliant) fric, médias, spectacle et invités sponsorisés. Un univers sans supporters mais plein de mangeurs de saumon fumé arrosé de champagne. …

Ainsi en est-il. Et de vendredis en samedis, sur Canal ou pas, le MHRC perd. Pas de chance dit-on dans les gazettes. A la télé, sans le savoir, les spécialistes auto-qualifiés analysent les causes de ces échecs. Longuement, laborieusement, le temps que les belles égéries, aujourd'hui indispensables au mundillo ovale et au sport en général, se glissent dans leurs fourreaux de cuir et se maquillent comme pour jouer Phèdre.

 

Joyeux Noël à tous ceux qui ont encore 
l'odeur fade de l'huile camphrée comme madeleine de Proust!

* pour les non initiés, le stade Mayol, à Toulon, a été offert au rugby par Félix Mayol, chanteur du début du xxe siècle, notoirement gay et étant à l'origine des brins de muguet sur l'écusson du club.

 

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Commentaires

Le rugby qui , me semble-t-il,était un art de vivre , générateur d'épique , d'épopée et de moments de joie partagée est devenu un moyen de glorifier la toute puissance de financeurs , à travers des
"franchises " de plus en plus soumises à l'obligation de résultat . Mais comme il y a toujours un premier et un dernier , cela entraine des frustrations, des vexations , qui vont au delà de la simple déception sportive pour le dirigeant impliqué qui n'a pas les résultats dus à son rang et à son image.Avec les sanctions qui s'ensuivent. Avec les dangers de la corruption , du dopage etc..etc... Et oui il est loin le temps des Pipette , Brousse ,Jean Prat , Roques , Mias .

Écrit par : pep carvalho | 27/12/2014

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