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04/07/2010

ALLEZ, LES PASSAGERS CLANDESTINS !

En 1966 Mancur Olson, par la théorie des clubs (qui incorporait la théorie des groupes), rénovait la notion de bien public et rejetait les idées traditionnelles qui veulent que les groupes naissent par une propension naturelle des individus à l'association. Il proposait la thèse selon laquelle les individus s'associent en vue d'une action collective si, et seulement si, l'action individuelle sert moins bien les intérêts de chacun.  Existe alors le free riding correspondant à la description de la posture du passager clandestin. Cette posture, issue de la théorie des jeux, explique le comportement de celui qui, par stratégie, ne participe pas à une action collective astreignante pour ne pas en supporter les coûts (sacrifices en travail, argent, honneur,…) tout en espérant bénéficier des éventuels avantages obtenus par ceux qui se sont engagés dans l’effort exigé. En d’autres termes c’est celui qui «ne joue pas collectif», mais qui tente de retirer un profit individuel indu d’un labeur d’équipe. Ce principe permet de rendre compte, par la seule prise en compte du jeu des intérêts, du déclin d’implication dans des formes d'actions collectives, sans recourir à des explications "culturelles" souvent simplificatrices (individualisme, communautarisme, ...).
En miroir, une mobilisation collective désigne une coordination des activités d'un groupe souhaitant défendre ses intérêts et la constitution d’une solidarité sociale forte. Pour cela, d'après A. Touraine, les acteurs doivent, avant tout, développer une identité commune, en partageant les mêmes buts et des intérêts communs. Ensuite, le groupe formé doit s'opposer fermement aux groupes concurrents, ce qui suppose une forte solidarité interne.

Si tout ce discours reste un peu ésotérique pour vous, passons à l’application footballistique. Remarquons d’abord que, lors de cette coupe du Monde, les équipes qui ont de bons résultats au premier tour, sont des formations «à intérêts homogènes ». Les Allemands jouent majoritairement en Allemagne, les Espagnols en Espagne, … ou s’appuient sur un patriotisme fort (nations d’Amérique). Ce n’est pas le cas pour les nations africaines. A l’inverse, la France réunit des joueurs à «identité éclatée». L’un joue en Turquie, l’autre en Espagne, l’autre en Allemagne, en Angleterre, l’un beur, l’autre antillais, l’autre cht’i, l’autre méridional, et pourquoi pas, l’un hétéro, l’autre homo, l’un sexy, l’autre disgracieux,… Pour générer une mobilisation collective, c’est donc mal parti ! Alors la nation, le drapeau ? Bof, c’est ringard et, communautairement parlant, c’est risqué de chanter ostensiblement la Marseillaise comme ces tarés de rugbymans ! Le fric ? Bof on est déjà aux chiffres à dix zéros, à la Maserati ou au Hummer et on va pas risquer une cheville contre des gueux de pays improbables ! Le coach fédérateur ? Bof, on a vu mieux qu’un ancien très moyen joueur, entraineur confidentiel, au charisme de beauf, empêtré dans des préoccupations de midinette ! La fédé ? Un truc de ouf, formé par des troisièmes couteaux en mal de banquets honorifiques et de copains à placer. L’environnement supporter ? Il gonfle et nous déconcentre quand on s’est glissé dans notre casque-bulle i-pod. Le gouvernement ? La honte du Nicolas qui nous refile l’apothicaire rose, collante comme un chewing gum usagé, et l’i-conne d’ébène qui cherche à se faire une réputation sur le dos des autres ! Chaque joueur a ainsi pensé que les autres se bougeraient pour gagner. Qu’il suffisait de participer au moindre coût, pour arriver, sans doute en quart. Résultat, tous (ou presque) des passagers clandestins ! Un, deux, voire trois, ça peut passer. Mais neuf ou dix, ça ne le fait pas ! Et comme tout ce qui vient d‘être dit ne peut pas s’avouer ni a priori, ni a posteriori … il faut trouver des prétextes, des chèvres émissaires, lancer des rumeurs pour leurrer le paparazzi !

Voilà, l’autopsie d’un échec taille XXXL, plus prévisible tu meurs !

La société des passagers clandestins est en plein essor, chacun voulant « profiter » sans s’imposer les règles contraignantes qu’exige une démocratie active (regardez Woerth !). Pourquoi la planète foot serait-elle préservée, elle qui s’apparente à la galaxie des traders, des bulles et des hyper-primes ? Celle qui idolâtre les croupiers qui ramassent le fric sans se mouiller (le maillot), qui rêvent de profits sans investissement (entrainement), celle qui méprise tout ce qui n’a pas l’heure Rolex, la cantine Fouquet’s et les vacances Maldives. A l’opposé de la fameuse «idéologie laborieuse» de Ştefan Kovács, celui qui reconstruisit le foot français après qu’il eut touché le fond, en 1973. Déjà !

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