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05/08/2012

LA STRIDULATION TRAGIQUE DE LA CIGALE ESPAGNOLE

Les régions espagnoles pataugent dans le rouge et subissent de plein fouet l’impact de la crise. En sus du problème de dette souveraine, la péninsule ibérique souffre donc de dettes « provinciales ». Et tout le monde (ou presque) se gausse de gouvernements locaux ayant construit à tour de bras « des immeubles sans habitants, des autoroutes sans voitures, des aéroports pour les vautours» (Elodie Cuzin, Folie des grandeurs : l'Espagne endettée peut remercier ses régions. http://blogs.rue89.com/ibere-espace). L’espagnol est de nature cigale c’est bien connu !

Je n’ai pas vu ou entendu beaucoup de commentaires français s’émouvant de ce fait et, surtout, essayant d’établir un parallèle entre les deux versants des Pyrénées.

C’est un tort car la crise de la dette catalane (45 Milliards), valenciane, ou galicienne pourrait préfigurer de quelques temps celle d’Ile de France (3,5 Milliards), du Nord Pas de Calais (1,67 milliards), du Rhône Alpes (1,57 milliards), voire du Languedoc-Roussillon (593 millions). En moins de dix ans ces dettes « provinciales » françaises ont plus que doublé alors qu’il est évident pour tout le monde que les ressources ont stagné. Chaque Corse supporte ainsi une dette de 1.000 euros  (225 pour le L-R)! Les départements ne sont pas mieux lotis (30 milliards de dette en tout), sans parler des villes (Marseille, Saint Etienne, Perpignan,…) ce qui explique facilement l’explosion des impôts et taxes locales. Car tout le monde a joué à la patate chaude, l’État transmettant aux régions, aux départements, transmettant aux agglos,… transmettant au contribuable ! Même les établissements publics s’invitent à la table des sur endettés (voir le CHU montpelliérain). Certes il faut citer en face de ces dettes des réalisations certaines vitales, certaines utiles, mais aussi certaines somptuaires, d’autres voluptuaires. Montaigne pestait déjà dans ses Essais contre « les foles et vaines despences ».

L’un des seuls avantages de la globalisation réside dans les « faits porteurs d’informations prédictives » qui font que des événement apparus ici ou là sont les prémisses de choses qui nous arriveront bientôt, avec des délais de plus en plus courts. A nous (plutôt aux décideurs !) de les décrypter et surtout d’avoir le courage de les utiliser. Car les prédictions sont plus pertinentes dans les faits catastrophiques que dans les faits gratifiants, afin de se prémunir contre les risques. Il vaut mieux prévoir un tsunami qu’une récolte exceptionnelle de mirabelles ! Hélas, cela demande le plus souvent de changer de logique, de modifier les habitudes voire d’inverser des valeurs. Toutes choses qui répugnent au politique moyen d’aujourd’hui ! Au lieu de faire de la Politique (avec un grand P c’est à dire des choix fondamentaux), il est donc amené à faire l’autruche en rabâchant que cela n’arrivera pas ici.

Concrètement la « faillite » des régions espagnoles préfigure ce qui va arriver chez nous si l’on ne change rien. Quand on lit : « Des aéroports, une prison, un vélodrome, des cités (de la justice, de la culture, des sciences et des arts, etc.), des “ambassades“ partout dans le monde... Les délires pharaoniques … responsables d’un déficit public record » concernant l’Espagne, cela peut s’appliquer in extenso à la France. Or qui renverse cette tendance ? Qui change de braquet quant aux dépenses somptuaires ? Une timide tentative de « normalisme » s’est affichée, mais de façon cosmétique.

Je l’ai déjà dit, le meilleur exemple du piège implacable de la dérive du coût de la décentralisation réside dans la politique des agglos. Constituées sous le motif de « rationaliser » les investissements d’infrastructure, elles sont, au contraire, devenues des paniers troués destinés à arroser les « petits maires » afin qu’ils perdent leur capacité de contre pouvoir au mieux, de bon sens au pire. Cette politique des « crottes de chien » consistant à parachuter des piscines à foison jusqu’à deux km de la mer, des médiathèques redondantes tous les trois villages, des équipements sportifs comme s’il en pleuvait, des stations d’épuration dernier cri, des places où s’ennuient les pigeons, des plans d’eaux à la limite du ridicule,…  coûte énormément cher, au profit prioritaire de stratégies électorales byzantines. Le luxe des réalisations contribue à la capacité à produire de la valeur sociale et à transmettre des messages à travers les signes (les élus dixit). La logique des collectivités se calque majoritairement sur cette pratique. L’Espagne devrait pourtant nous appeler à la raison ! Non dans les solutions qu’elle avance pour l’instant, tel le projet Eurovegas (6 casinos, 12 hôtels avec 36 000 chambres, 9 salles de spectacle, 3 terrains de golf) mais quant aux risques majeurs de crise que nous encourrons demain, avec la litanie du chômage massif, des pertes de revenu, des saisies, des réduction de prestations publiques,…crotte-de-chien.jpg

Encore faudrait-il qu’entre les politiciens et les comptables existe une classe d’économistes capable de procéder à de la rationalisation des choix budgétaires. Sur le montant supportable d’abord (fiscalité et endettement), sur les choix prioritaires ensuite, sur les évaluations a posteriori enfin. Alors et alors seulement nous risquons d’éviter la faillite des territoires qu’attendent les « vautours financiers ». Ainsi, parait-il, des consortiums chinois seraient à l’affut de cités fantômes entières, au sud d’Alicante, acquises à vil prix pour constituer d’immenses villages de vacances destinés à leurs nouvelles « classes moyennes » (Les Chinois investissent massivement en Espagne. Catherine Le Brech Geopolis). Comme ils se partagent déjà les richesses grecques et portugaises (Le Portugal ouvert aux investisseurs chinois. Diário Económico - Portugal. 22 décembre 2011), le tour du Cap d’Agde ou du Grau du Roi (par exemple, je n’ai  pas d’information secrète !) n’est pas exclu ! D’autant plus que le seul point de flexibilité fiscale de ces collectivités territoriales a disparu. Les régions ayant perdu quasiment tout pouvoir fiscal après la réforme adoptée en janvier 2010, elles ne pourront plus compter sur les hausses d'impôts pour combler leurs besoins de financement comme elles l'ont fait entre jusqu’en 2009.

Les agglomérations, les département et les régions, personne n’échappe à la «gestion gabegique» des finances publiques. Que font ces collectivités pour créer des richesses ? Pour contribuer à changer le logiciel qui, depuis trente ans, manie le levier dépenses en méprisant l’équivalent recettes, hormis l’impôts ? Pas grand chose, hélas. Peut être faudrait-il que les élus reçoivent une formation minimale. Aujourd’hui aucune n’est indispensable, et le lendemain de leur élection ils sont censés être compétents pour gérer des millions, voire des milliards. Dexia a roulé dans la farine d’autant plus facilement ces élus qu’ils étaient incompétents. J’entends par compétence la capacité de saisir le risque, le danger, et de faire alors appel à bon escient à un expert. La clarté d’esprit qui permet de savoir, par exemple, qu’une fois l’investissement réalisé (ou acquis) il faudra du fonctionnement. Ainsi, même si l’on vous fait cadeau d’un tronçon d’autoroute, il faut envisager quelques centaines de millions d’euros d’entretien… La compétence c’est de connaître le risque total encouru par telle décision et ensuite seulement de l’assumer pleinement. L’objectif de réélection n’est qu’un leurre qui ne sort en fait que de cinq ans de « crottes de chien ».  Attention, il ne s’agit pas de faire du poujadisme anti-élu !

Il s’agit de trouver les niveaux d’endettement consolidé acceptables et d’en déduire les taux d’imposition qui en découlent, puis dépenses prioritaires, secondaires, superflues pouvant être engagées. Une procédure normale dites-vous ? Vous avez parfaitement raison. Sauf que les collectivités ont perdu la raison ! Depuis une vingtaine d’années!

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