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01/07/2012

LA SOCIÉTÉ A MÉMOIRE DE FORME

Changement de propriétaire ! La gauche a tout gagné et se trouve aujourd’hui en pole position de tous les exécutifs publics (ou presque). On peut s’en réjouir, on peut s’en alarmer, on peut même partir en Suisse ou en Belgique avec son bas de laine. Cette situation n’arrive qu’une fois tous les quinze ans. Il ne faut donc pas manquer l’occasion !

Sans vouloir faire le mauvais augure ça semble mal parti ! Certes il faut attendre (un peu), ne pas faire le réboussié. Certes les français savaient bien qu’en choisissant Hollande ils ne se prononçaient pas pour la révolution. Le changement c’était maintenant mais selon une médication homéopathique plutôt qu’une allopathie chevaline. Dommage, car il aurait fallu profiter de cette densité de pouvoir de commande pour procéder à des modifications structurelles. Le malheur, réside dans le fait que sitôt que l’on prononce le mot structurelle tous les corporatismes s’exacerbent et la résilience sociétale se met en branle. Comme si les réformes structurelles ne pouvaient être que la potion amère administrée par le FMI et UE aux « mauvais élèves » du néo libéralisme.

Pourtant il aurait fallu, j’insiste, procéder à des changements profonds que la « décalamination » de l’économie droitière résultant d’une trentaine d’années de dérive libérale. Frapper fort tout de suite pour échapper à la résilience de la société à mémoire de forme  qu’est devenue la France contemporaine. La résilience correspond à la caractéristique de ces "choses" (système, organisation, traversin, coussin,…) qui reprennent leur forme de départ après avoir été déformées par une « agression ». Trivialement on dit "faire l'édredon" pour indiquer qu'on laisse dire et faire pour reprendre sa position originelle. On parle aussi d'homéostasie qui permet aux systèmes de retrouver leurs conditions de départ ou de maintenir leurs fonctions initiales dans un environnement dynamique et changeant où interagissent un nombre important de forces. Ladite résilience va donc, je le crains, contre carrer les mesures réformistes du gouvernement Ayrault et, d’ici quelques temps (mois ou années) on se retrouvera quasiment à l’état actuel.

Ce concept de résilience est ambiguë. Est-ce un bien? Est-ce un mal? C'est un bien car elle permet de conserver une STRUCTURE référentielle malgré les "agressions" de l'environnement. Préserver les acquis comme on entend souvent. Sinon tout deviendrait liquide (certains comme Zygmunt Bauman qui a écrit "La vie liquide" pensent que c'est la caractéristique majeure de la société vers laquelle nous entraine la mondialisation). La structure c'est ce que l’on connait, le maîtrisé, par opposition au liquide métaphore de l'inconnu, de la fuite, de la nouveauté. C'est aussi un mal car la résilience crée une INERTIE, une résistance aux changements, une occultation  de l'innovation. La société traditionBoum.jpgnelle constitue la référence de la stabilité qui rejette ou neutralise tout changement et se réfère aux us et coutumes ancestraux (rejet de l'innovation, corporatisme, religiosité inquisitoire,…). Cette vision tend à sur jouer la résilience en rigidifiant au maximum les structures sociétales. À l’opposé, l’idéologie révolutionnaire en stigmatisant la résilience, suppose qu'il faut faire table rase des structures pour pouvoir changer en  profondeur la société (matérialisme historique). L'entre deux, la social démocratie, le réformisme, le non choix, dit préférer l'adaptation sous forme d’une évolution progressive et maitrisée. Cette vision tend à nier (ou minimiser) la résilience en bougeant une à une les structures sociétales. L’illustration historique que l’on avance toujours est l’opposition Mendès-Pleven d’après guerre en matière financière. PMF proposait une réforme structurelle drastique, Pleven un non choix misant sur l’évolution progressive. Qui croyez-vous qui gagnât ?

La résilience excessive a été illustrée par la proposition (boutade ?) de Michel Rocard de supprimer la force de dissuasion. Quelques dizaines de milliards quand même ! Personne pour défendre ou simplement discuter de l’opportunité de maintenir un « machin » gaulliste suranné. Après tout, débattre, ce n'est pas forcément être contre. D’autant plus que la France a décidé de s’associer au projet de défense antimissile de l’OTAN et s'est mise ainsi dans une seringue dont elle n'aura sans doute pas la force politique de se sortir. Il faudra donc payer. Tout comme la dissuasion, un débat contradictoire eut été utile, sans préjuger de ses conclusions. (Alain Ruello est chef adjoint du service Industrie aux « Echos »). Alors imaginez lorsqu’on touche à des « trucs » plus près de nous : fonctionnement des agglomérations, opportunité des autoroutes, qualité de l’enseignement,… Qui se lève pour débattre des acquis sociaux, des biens publics, des biens communs à défendre ou à favoriser, par rapport aux avantages ou pré carrés injustifiables ? Pas grand monde ! Les absents qui dans quelques temps trouveront l’hollandisme mièvre et sans saveur ! Ceux qui s’accrochent à des détails pour ne pas aborder la globalité de la société. Hélas il s’agit souvent de ceux qui ne pourront pas tirer leur épingle du jeu et qui perdront TOUJOURS a posteriori. Les petits, les mal informés, les mal protégés.

Alors, il s’avérait fondamental en ce début de cycle que ce soit le gouvernement qui renverse la tendance et qui fasse bouger par des réformes amples et de fond. Ce qu’on appelle « une impulsion majeure » telle celle de Roosevelt* ou du plan Marshall. Une impulsion qui franchisse le seuil de résilience sinon l’effet se délitera et sera « digéré » par la pieuvre libérale. Il est évident que l’impact de dimension européenne s’avèrerait plus significatif et la création monétaire nécessaire plus facile ! Mais les tergiversations risquent de s’éterniser et de ramener à pas grand chose l’effort demandé par le père François.

Toutefois, il faut préciser que dans toute résilience il existe des « trous », c’est à dire des effets chaotiques qui brusquement « aspirent » les structures en place. Ainsi on pensait le bloc de l’Est infiniment résilient. Il s’est écroulé en quelques mois ! Ainsi le Chili, l ‘Egypte, la Tunisie,.. Ces effets ne sont pas prévisibles. Rappelons-nous Vàsclav Havel (16/12/1989) « Le peuple s’est réveillé avec une rapidité bouleversante… Chacun de nous peut changer le monde. Même sil n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde ».

* Pierre Larrouturou qui vient de sortir un petit fascicule indispensable « C’est plus grave qu’on vous le dit… mais on peut s’en sortir  (15 solutions contre la crise économique à appliquer d’urgence)» Nova Editions, propose une pétition « Roosevelt 2012 » sur le web http://www.roosevelt2012.fr/?from=nd

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