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06/11/2012

PIGEONS CRETINS

L’arithmétique de bazar appliquée à l’économie est fallacieuse, voire manipulatrice. Certains colombidés l’ont démontré jusqu’à convaincre l’opinion, voire certains éléments de notre gouvernance prompts à céder aux sirènes libérales. Sous prétexte de retrouver une compétitivité perdue (par qui ?) ils préconisent, aux franges de l’exigence, une baisse « du coût du travail » soit plus simplement des taxes sur les salaires.

Pour dépasser l’arithmétique de cuisine, et accéder à une analyse des faits plus soucieuse des réalités, il s’avère nécessaire de mobiliser quelques informations supplémentaires. Une vérité reste un sous produit d’une enclosure*. C’est à dire que si l’on se limite à la commune de Ponteilla on aura une vérité sur la société viticole. Si on prend le Roussillon une autre vérité émergera, idem pour la France, idem pour la CEE,… Souvent la mauvaise foi consiste à trouver le niveau d’enclosure qui vous arrange !

Quant à la compétitivité, il faut d’abord parler de comptabilité analytique. Le prix de revient d’un produit X = Marge + Charges fiscales + Salaires + Charges financières (remboursement endettement) + Consommations intermédiaires + Investissements (le cas échéant). Ainsi donc une baisse des charges fiscales n’agit sur le prix de revient que si, et seulement si, les autres composants sont invariables (ceteris paribus). Pour peu que l’on accroisse la marge (tentant !), l’investissement (astucieux !), l’endettement (effet de levier), l’avantage se trouve annulé.pigeon-604x403.jpg

Passons ensuite à la gestion. Il n’existe pas une seule compétitivité mais quatre. La compétitivité prix certes, mais aussi la compétitivité qualité (voir produits allemands mieux vendus quoique plus chers), une compétitivité image (voir produits Hermes, Celine, Dior que les étrangers s’arrachent), une compétitivité innovatrice (voir les tabacs faits par Iphone, Ipad). Les pigeons revendicatifs n’évoquent toujours que la première en quoi ils se ravalent eux-mêmes au rang de crétins incapables de faire dans l’inventif voire la serendipité**.

Il faut également évoquer le « tuning effect » qui rend le mix (mise en œuvre des choses) plus ou moins efficace. Ainsi avec exactement les mêmes ingrédients, deux entreprises peuvent aboutir à un prix de revient très différent selon l’organisation du travail, la motivation des employés, de leur savoir faire, du mode de process, du type de management, de la qualité de l’approvisionnement, de l’ambiance générale de travail, toutes choses que les colombidés oublient allègrement de mettre en avant car elles reflètent leur compétence ou leurs carences.

Allons maintenant au niveau de la macroéconomie. La compétitivité dont on parle est celle vis à vis de l’extérieur. Elle dépend donc du taux de change. Elle dépend donc de la cotation de l’Euro : si ce dernier baisse (par rapport au dollar) le produit X devient plus compétitif hors UE.  S’il augmente c’est l’inverse. On pourrait même, s’il le fallait, parler d’un possible retour à une gestion différenciée du taux de change permettant de gérer la « dévaluation » compétitive de la monnaie nationale.

Finissons par raisonner globalement. Primo, étant évident que tous nos voisins européens succombent à des déflations sévères, leurs prix vont aussi s’abaisser annulant la pseudo compétitivité appelée par les pigeons crétins gaulois. Une course à l’échalote va s’en suivre qui, à l’absurde, conduirait à des salaires, des impôts et des marges à zéro ! Cela ne vous rappelle rien ? Bien sûr, la baisse tendancielle du profit décrite par Marx ! Secondo, baisser les taxes et impôts sur les entreprises exige soit de baisser les dépenses publiques (lesquelles ?), soit emprunter mais on s’en est empêché par « la règle d’or » des 3%.

Il ne me viendrait pas à l’idée de dire que le métier d’entrepreneur est facile. Surtout de petit entrepreneur. Mais cette procédure manipulatoire qui consiste à se parer de chiffrages parcellaires (donc erronés) ne saurait représenter un argumentaire sérieux. On a connu les agitateurs de bazar (Poujade, Poucet, Daguin,…) et leurs succès contestables qui n’ont pas profité aux gens sérieux. « Il est naturel de ne pas vouloir payer plus d’impôts, mais je suis gêné car ce mouvement, alimenté par la rumeur, se base moins sur des faits que sur des fantasmes. » comme le dit Stéphane Distinguin, PDG de la société FaberNovel (Libération du 2/10/2012) au sujet des « pigeons pas si plumés que ça ».

La gestion ne se limite pas à la comptabilité, l’économie ne se confond pas avec la gestion, la société ne se résume pas à l’économie, je ne cesse de le répéter. Alors, plutôt que chacun de tenter de tirer la couverture à soi avec des morceaux (lambeaux) d’arguments, il serait plus efficace pour tous, Etat, entrepreneurs, actionnaires, salariés, consommateur d’essayer de raisonner globalement, À LA FOIS sur le degré d’immuabilité des contraintes, sur les sacrifices respectifs à faire, sur un échéancier les objectifs à atteindre, et sur le partage des résultats (pas seulement financiers) qui peut en résulter. Sans tabou comme dirait l’autre !  En oubliant un instant l’audimat des sondages et les prochaines élections.

Un plan, un vrai, quoi !

 

* l’enclosure sert à clore un espace pour en retirer une rente (financière, jouissance, puissance,…)

** La sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l'intelligence.

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