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17/07/2014

RÉGRESSIONS

Ces derniers temps, l'entité humaine a été malmenée. J'utilise ce terme générique pour ne pas tomber dans des difficultés sémantiques trop ardues. Il s'agit de parler le l'Homme dans son acception d’homme civilisé, celui qui aurait vaincu en lui les instincts animaux naturels et les aurait remplacés par l’éducation et la culture. Qui aurait aussi acquis le respect de son corps.

Diantre! Allez-vous dire, je n'ai pas vu passer cela dans mon journal quotidien et sur ma chaîne préférée! On y parlait surtout de la Coupe du Monde de Foot et de la Conférence Sociale (deux évènements qui ne se sont par trop bien passés pour la France) et du conflit Israélo-Palestinien qui embrase le M-O.

Hé bien si, vous allez voir, tout cela relève d'une philosophie humaniste (ou inhumaniste en l'occurrence!). A y regarder de plus près on s'aperçoit que selon les cas, l'individu est considéré comme un capital, une ressource, voire une denrée!

Primo, quant aux négociations sociales d'initiative hollandaise, le patronat a "exigé" et obtenu que soit abandonnée la clause de pénibilité du travail. Au fond, cela implique une conception de travailleur denrées, un être qui représente une capacité de travail que l'on achète (ou pas), un point c'est tout. Souffre-t-il? A-t-il des maladies professionnelles invalidantes? Vit-il plus mal que d'autres?... On s'en fout, parce que l'Homme c'est trop compliqué et que ça nous ferait dépenser plus de sous! Le mot d'ordre est "compétitivité" et son corollaire "anorexie salariale". Jadis considérés comme une force de travail, esclaves donc de maîtres ou de machines, les hommes ont trimé, des pyramides aux mines en passant par les champs. Puis, par le jeu concerté d'organisation du travail et de politiques socialistes, ledit travail fut codifié et on parla de ressources humaines. Ressources abondantes donc soumises tout de même à exploitation sous le regard inquisiteur de K. Marx et quelques épigones. Enfin à l'après guerre, le puissant N.B.E.R.* (équivalent INSEE des américains) révéla des statistiques démontrant que le travail s'avérait aussi productif, voire plus que le capital dans la glorieuse croissance économique trentenaire. À la suite, les économistes nobélisés élevèrent le travail au rang de capital humain (T. Schultz, G. Becker). Capital sélectionné, choyé, motivé (Maslow, Herzberg ) amélioré par la formation, l'apprentissage, le progrès technique incorporé,.. Ce fut l'âge d'or du capitalisme "humain"! Mais vinrent les crises successives du pétrole et des subprimes qui rendirent pingre les patrons et voraces les actionnaires. Fini le capital humain on est revenu à la ressource, puis à la denrée. L'objectif majeur est de baisser le coût de ce facteur… par tous les moyens, notamment en démantelant le code du travail et les acquis sociaux. La société régresse à l'aune de cet abandon progressif du "capitalisme humain".escalier.jpg

Au Brésil, en deux occasions comme en cent, on a pu apprécier l'intérêt que l'on portait à l'homme au delà du joueur. La vertèbre de Neymar s'avère fracturée? Le muscle de Di Maria est-il claqué? Le seul problème se résume à les faire rejouer le plus vite possible à l'aide de cellules souches et autres médecines miracles. Que dire des "vedettes" ibères, anglaises, italiennes,… saturées, épuisée par des championnats déments? Il faut dire que les joueurs se comportent comme des ressources que l'on achète et vend sur un marché d'esclaves dorés appelé Mercato, plus préoccupés par l'originalité (?) de leur coupe de cheveux, de la couleur fluo de leurs pompes, de la surface de leurs tatouages et de la marque de leurs casques écouteurs que de tout autre problème. Ces ingrédients sont le degré zéro de l'humanisme! Ils servent à tenter de parler aux autres en donnant une image forte de soi…. quand on n'a rien à dire! "Regardez ma coupe, elle démontre mon originalité, le tatouage ma force, ma musique mon univers". En vrai, le footballeur aime la pizza, Coeur de Pirate et les Playmobils… Mais pour faire comprendre au monde entier sa vraie nature il va inscrire dans sa chair un fil barbelé courant le long de son biceps saillant qui symbolise en vrac, sa mère, son rottweiler adoré, son "lego" (eh oui!) et sa ferveur religieuse. Les clubs cherchent à tirer le fric maximum et les joueurs idem pour acheter d'autres denrées, d'autres tatouages, d'autres bagnoles! Le foot a régressé humainement parlant. Adios Di Stéphano! La poule aux œufs d'or a ravalé les joueurs à l'état de robots écervelés**, acceptant des traitements médicaux foireux, à l'affût d'incartades diverses et baladés d'un bout de planète à l'autre au gré de mutations suspectes de dessous de tables juteux. Avec interdiction de penser, comme dans le cas de Marcelo Viera.

Cela me fait transition puisque ledit Marcelo fut, à l'époque (2012), sanctionné pour avoir twitté pour dire son soutien aux palestiniens. Palestiniens et Israéliens qui ont ressorti les canons de la haine pour des prétextes toujours réciproquement contestés. "C'est pas moi qui a commencé!" comme dans la cour d'école! Transition vers cette boucherie à ciel ouvert où israéliens, palestiniens, syriens, irakiens, iraniens,… s'étripent par centaines pour des motifs essentiellement religieux. Des enfants, des femmes, des jeunes, des vieux,… la plupart innocents, meurent sous les explosions ou dans les gazages pour satisfaire à des vendettas séculaires. Lequel d'entre vous sait ce que représente la Nakba, la différence essentielle entre chiites et sunnites, que sont vraiment les "déviances" des Kurdes, des Alaouites, des Druzes,… et les spécificités des chrétiens du M-O ? Que l'on pratique un culte, personnellement je l'admets parfaitement, même si je suis laïque. Mais cela me dépasse que l'on puisse s'entretuer pour ces choses sacrées venues du fond des temps, d'une époque où il fallait encore des dieux pour enseigner la sagesse aux hommes. Là encore les religions ont fait régresser l'humain. Toutes sont fondées je crois pour, au contraire, faire avancer une conscience de l'homme plus solidaire, plus éclairée, plus heureuse en un mot. En fait, on revient vers un obscurantisme de fanatisme se drapant dans les plis d'écritures interprétables à souhait puisque datant (peut être) de plusieurs dizaines de siècles. La fameuse phrase de Marx "la religion est l'opium du peuple" peut être comprise aujourd'hui selon deux sens: elle endort la conscience populaire (l'opium calme) ou elle fanatise les foules (l'opium rend fou).

Comme le foot, comme le capitalisme financier!!!

Le "vivre ensemble" n'est plus une valeur première, mais il est fondamental pour la pérennité du système. (...) On ne peut pas constamment pomper le capital humain et nier l'intelligence collective sans se préoccuper des conséquences. Parce qu'au bout d'un moment, il n'y aura plus rien à pomper, nous aurons une société invivable, et le système économique ne fonctionnera plus. On a peut-être hélas  déjà atteint ces limites" (Christophe Dejours. Le Monde du 23/07/2007).

 

*The National Bureau of Economic Research, organisme privé américain, sans but lucratif, politiquement indépendant, consacré aux sciences économiques et aux recherches empiriques associées, particulièrement à l'économie américaine.
**Peut être est-ce un signe que l'équipe gagnante soit celle qui arbore le moins de coupe démentes, le moins de pompes orange vif, le moins de tatouage visibles

Commentaires

Bel entrechoc de phrases toutes faites.

Écrit par : collignon | 17/07/2014

Quésaco "des phrases toutes faites" ??

Écrit par : Reboussie | 18/07/2014

Les commentaires sont fermés.