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22/06/2015

LE COUP DU FLIPPER

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs" reste une belle formule prononcée par Jacques Chirac au IVème sommet de la Terre à Johannesbourg en septembre 2002. De quoi entrer dans l'histoire! Quant à la phrase, bien sûr, car depuis lors, ça brûle toujours et chacun, comme pour une éclipse, s'est doté de lunettes opaques. Les dirigeants français - entre autres - font avec les problèmes écologiques, comme avec un flipper. Quand la boule problématique arrive, ils la renvoient le plus loin possible afin qu'elle rebondisse longuement avant de revenir. Car on sait depuis quarante ans* qu'elle va revenir! Le jeu consiste à gagner du temps… ou à utiliser des flippers à l'apparence sophistiquée à grand renfort de clignotants! La Conférence Paris Climat 2015 (COP21) en fait office.

Je ne suis pas un ayatollah des causes vertes, ni un fervent des menus végétariens et des salades aloé vera. Toutefois, en bon systémicien, je m'inquiète du mépris du problème écologique qui va parfois jusqu'au déni. Ce problème peut être illustré par ces tableaux composés de milliers de points de couleur pour lesquels il faut prendre du recul pour pouvoir distinguer le dessin. Ainsi en fractionnant les enjeux (mondiaux) en petites parcelles (individuelles), le « bon peuple » perd (totalement) le sens des risques (majeurs) encourus. Alors pour divertir, on s'occupe de certains abcès (tel aéroport ou tel barrage, tel pesticide ou tel désherbant), de divers défis mineurs (les vaccins, la qualité de la viande, le smog parisien,…) pour ne pas voir les furoncles et, d'un coup de flipper, on repousse les problèmes de fond vers des horizons proches… des calendes grecques. En adjuvant on pratique l'anesthésiant "folklore vert", c'est à dire le tri sélectif ou le recyclage des canettes d'alu, qui donnent bonne conscience au naïf citoyen par ailleurs en train de muter pour cause d'empoisonnement endocrinien et immunitaire via la chimie disséminée dans sa nourriture et son environnement (voir les rapports alarmistes du montpelliérain Pr Sultan). Après le "Silence des grenouilles" (titre d'un article alarmant du New York Times en 1992), après la "Génocide des abeilles" viendra "Extinction de l'homme". Plus tard! En attendant continuons à empoisonner la terre, l'eau, l'air, la mer… pour quelques milliards de dollars (euros) de plus! Irréversiblement. On dira que c'est les autres…

Voilà pour le battant gauche du flipper qui joue l'aveugle ou plutôt le principe de Bartlebyart de la non décision qui consiste à se préserver avec assurance, détermination et méthode, de toucher à toute réforme inévitable, pour la léguer aussi intacte que possible à son successeur**. Le battant de droite, lui, repousse les problèmes au moyen de l'alibi de l'économie : Ce n'est pas raisonnable, on ne peut pas, on n'a pas les moyens,… et ce n'est pas quelques pesticides ici ou là, quelques molécules disséminées, plus ou moins d'abeilles, de pinsons, de bouvreuils ou de lucioles qui vont nous empêcher de jouir de supers 4x4 ou de fraises en hiver! Il faut de la chimie pour assainir ce que, par ailleurs nous avons dégradé, selon une noria sans fin! Et de nous faire croire qu'il existerait un antagonisme foncier entre économie et écologie.

Or ce n'est pas le cas. Certes il faut prendre en compte le temps, car on ne change pas du jour au lendemain un mode de production structuré sur la croissance et les externalités gratuites (ou presque)***. Certes il faut affronter les technostructures bureaucratiques (publiques et privées) qui profitent largement de ce type d'économie sans prendre en compte leur schizophrénie (elles profitent pécuniairement d'un côté mais se ruinent physiologiquement de l'autre). Certes il faut reconsidérer nos échelles de valeurs et nos hiérarchies de préférences. Certes il serait nécessaire d'encadrer strictement le processus pour le rendre faisable. "Nous sommes attachés au terme de planification car il pose l’enjeu d’une réorientation globale et radicale de la production, de la consommation et de l’échange. Et la planification, à condition d’être démocratique et porteuse d’implication populaire, peut permettre au peuple de redevenir maître du temps long" dit J.L. Mélenchon. On le pourrait donc. On le peut!

Il serait trop long ici de développer les voies de salut potentielles, mais elles existent. Pas des utopies régressives mais de vraies solutions comme on peut en trouver dans le bouquin de Paul Hawken****, pourtant pas très récent, entre autre.

Le premier acte du renversement s'avère forcément mondial sur quelques grands enjeux afin de le point pénaliser les uns ou les autres. L’intervention récente du pape stigmatisant le laxisme face à ces problèmes en donne la preuve. Pour donner l'élan aussi! Hélas les divers sommets précédents ont accouché de bribes de décisions. La Conférence Climat 2015 ne fera guère mieux nous pouvons l'anticiper.FLIP.JPG

Alors par défaut et concrètement, il s’agit d’inciter les acteurs économiques à développer des synergies, de façon à concevoir une production économe et propre (au sens de l'impact physiologique) et mutualiser certains services, équipements et leurs usages. L’objectif est de tendre vers des circuits courts selon un bouclage des cycles des flux physiques à l’échelle des territoires, et de limiter ainsi globalement la consommation de ressources et les impacts environnementaux  (cf par exemple projet COMETHE: Conception d’Outils METHodologiques et d’Evaluation pour l’écologie industrielle) (http://www.comethe.org).

Les "programmes" (?!) politiques devraient s'emparer de la chose en remisant leurs flippers au rencard. Tous, car je ne crois pas que les problèmes que je viens de soulever relèvent uniquement d'un seul et unique mouvement qui s'intitule "Écologiste" (ou tout sigle d'habillage). Si les difficultés sont aujourd'hui écologiques cela vient du fait qu'elles n'ont pas été INTÉGRÉES aux divers enjeux et processus qui ont constitué les développements précédents. L'écologie est un concept intégrateur, un mode de pensée global qui matérialise aujourd'hui l'irruption de la systémique dans l'éducation, l'industrie et la politique comme le dit Joël de Rosnay. Pour être honnête, certains partis ont fait l'effort de se doter d'un appendice de ce type. Mais la "révolution" qui en découle ne sied pas à l'opinion majoritaire. Alors soit elle ne permet pas d'être élu, soit une fois élu on la remise aux oubliettes de la gestion comptable. Parce que la pente facile dont parlait Marcuse s'avère toujours plus mobilisatrice que l'effort collectif. Dommage! 

* depuis Le Club de Rome et rapport Meadows (1972)
** c'est à dire que tout ce que l'entreprise produit comme déchets ou nuisances est rejeté GRATUITEMENT dans l'environnement. Par exemple les emballages qu'elle vous fait payer et que vous devez encore repayer pour qu'ils soient collectés et traités.
*** voir "Surtout ne rien décider". Pierre Conesa. Robert Laffont. 2014
**** Paul Hawken. "L'écologie de marché". Enquêtes et propositions. Ed. Le souffle d'or.1995.

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