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18/01/2016

TOUJOURS DISTRAIRE

Aujourd'hui, les gouvernants savent pertinemment qu'ils sont largement  inopérants sur les cours des choses. Même si l'orgueil de certains, le manque de lucidité des autres, ne saurait le reconnaître, c'est la (triste) vérité!

La gouvernance effective se manifestait à des époques où lesdites choses revêtaient une relative stabilité. On pouvait alors manœuvrer, orienter l'économie, dévaluer la monnaie, filtrer aux frontières, taxer, détaxer, légiférer raisonnablement… Aujourd'hui plus rien n'a cette stabilité et nous vivons, quoiqu'on nous raconte, une transformation décisive de la situation du monde avec désormais comme principal caractère et comme principal moteur de cette situation la composante “crise”, mais pas au sens où on l'entendait de difficulté passagère, d'accident dans un océan de calme. Il s'agit d'une crise permanente résultant d'une chaîne de crises. La crise économique, la crise politique, la crise monétaire, la crise religieuse, la crise existentielle,… tous ces schismes s'entrelacent, s'interpénètrent dans un système qui s'auto entretient en créant cette continuité "crisique". La crise est donc désormais une infrastructure continue, et comme toute infrastructure elle est à la fois socle de stabilité et seule référence… envisageable sérieusement. Il faut relever d'une naïveté béate pour croire à une croissance économique soutenue qui reviendrait rétablir les fruits juteux d'un partage apaisé, ou à un assagissement des pouvoirs financiers qui bannirait la spéculation et les paradis fiscaux, ou une résignation des crève-la-faim à accepter leur misère strictement chez eux.

 Tenter de gouverner dans ce contexte crisique se confronte à trois options: l'option résultats, l'option valeurs, l'option marché politique.

·     La première voie (Roosevelt*) suppose à la fois des compétences de haut vol pour affronter la complexité de la concurrence mondialisée, un courage certain pour assumer les risques inhérents, une grande capacité novatrice pour trouver des parades efficaces à des problèmes nouveaux. Dans un univers économique à la fois morose (croissance en berne, spéculation financière, crise énergétique,…) et hyperconcurrentiel, obtenir des résultats significatifs à court terme relève de l'exploit. Pour ce faire nous n'avons pas le type de personnel politique idoine (ni en action ni en réserve), il faut l'admettre. Nos "élites" ne possèdent pas non plus le "logiciel" innovant adéquat.

· L'option valeurs (Jaurès) suppose de privilégier le maintien lesdites valeurs qui représentent des manières d’être et d’agir qu’une collectivité reconnait comme idéaux aptes à orienter l’action des individus. Hier "Solidarité, laïcité, travail, mérite, tolérance,…" aujourd'hui "Famille, patrie, patrimoine, religion, communauté,…" toutes choses que le Front National a fait siennes et sur lesquelles il s'avère difficile désormais de le concurrencer. On pourra seulement lui arracher des lambeaux voire le copier sans pouvoir vraiment le dominer sur cet espace. A tort ou à raison. D'où son score électoral!

· La troisième voie (Buchanan) concerne le marché politique, apanage du courant américain dit du "public choice". Il assimile l'action politique à une gestion d'un marché de voix qu'il convient de ratisser en sa faveur à l'aide de mesures opportunes faisant que les gains (votes pour) soient plus forts que les pertes (votes contre). Ce marché politique n'est donc pas autre chose que le lieu où s'échangent des votes contre des promesses d'interventions publiques. Lorsque les autres options ne sont pas disponibles il reste cette façon cynique de gouverner en s'appuyant de plus sur une communication médiatique ad'hoc qui met en exergue les "avantages" de tel ou tel choix pour l'électeur et, bien sûr, "l'inanité" de toute autre préférence.

Vous l'avez compris, ce à quoi nous assistons en France aujourd'hui relève du marché politique traité le plus impudiquement possible. Privés de résultats économiques et sans solutions immédiates d'un mieux, artisans d'un gloubi-boulga quant aux valeurs historiques, le hollandisme aussi bien que le sarkozisme font feu de tout bois pour ramener des voix potentielles de leur côté. Pour tenir cette gageure il est aussi nécessaire de museler autant que possible les contre-pouvoirs qui tendent à révéler les manigances électoralistes. 

Pour le pouvoir en place, il s'avère donc nécessaire de détourner en permanence l’attention des populations qu'il est censée gérer pour les obliger à parler (penser) d’autre chose que la réalité en cours.  Il gagne ainsi du temps pour tenter de garder logo_tour_de_france_2015.jpgsa position et éviter que l'opposition - toute aussi impuissante - ne prenne les commandes. En ajoutant "un arrosage" ciblé des groupes de pression râleurs à l'aide des deniers publics et des promesses bien assénées, il tente, bon an mal an, de franchir le gué entre deux élections. On assiste à un "confusionnisme" faisant que les questions majeures qui déterminent l’essentiel des comportements sont noyées dans un fatras de références pseudo-morales, religieuses, instrumentalisées pour gommer les inégalités sociales, la précarité en voie de généralisation, la fracture nord-sud et l’incapacité du système économique à avoir une quelconque efficacité contre la destruction de l’environnement**.

Autant vous dire que les évènements dramatiques qui ont frappé notre pays apportent une source de "distraction" quasiment miraculeuse qui permet d'éviter d'afficher les impuissances vis à vis des problèmes de croissance, du chômage, de l'immigration, des déficits,… et autres broutilles… qui s'avèrent quand même le quotidien des français! Sans occulter l'ignominie des actes perpétrés, la farandole des commémorations, des dévoilements de plaques, de décorations révèle de la stratégie de la muleta du gouvernement. Si on ajoute la fameuse déchéance de nationalité apte à alimenter des controverses sans fins, sans cohérence de niveau d'appréhension (morale? juridique?  constitutionnelle?…) on peut gagner encore quelques mois…. Jusqu'à la coupe d'Europe de foot qui mobilisera les esprits. Lors des trous d'évènements, on utilisera un (ou une) ministre pour occuper le peuple, Macron avec ses accès de libéralisme), Taubira qui exaspère, voire Ségolène qui clive! On trouve toujours de nouvelles passes de cape pour tromper l'adversaire, c'est le boulot des rusés "spins doctors" à disposition. Quitte à dire le contraire de ce que l'on affirmait mordicus il y a quelques temps! L'exercice n'est point vertueux, mais l'objectif reste de passer le premier tour pour faire jouer ensuite "le processus Chirac"***.

Résultats, il n'est pas étonnant que l'on observe une fébrilité vibrionnaire dans l'actualité française tant du côté de la majorité qui se fractionne que de l'opposition qui se fracture, sous le regard goguenard du Front qui ironise. Il n'est pas moins évident que les deux leaders, candidats putatifs à la présidentielle, ne veuillent pas de primaire qui servirait (au minimum) à mettre en perspective leurs renoncements quant au registres Roosevelt et Jaurès évoqués. George Orwell disait "Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité". Sauf que cette métamorphose a de plus en plus de mal à prendre réalité!

 

* on utilise ces repères symboliques d'un new deal (Roosevelt), d'un concentré de valeurs (Jaurès) et du "père" du Public Choice (Buchanan)
** Robert CHARVIN. Réflexions sur le confusionnisme et le néo fascisme Le grand soir.13 janvier 2016
*** le candidat qui subsistera au second tour sera vraisemblablement opposé à Marine Le Pen et espère bénéficier d'un bloc républicain en sa faveur.

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