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01/09/2016

THÉÂTRE D'OMBRES HUBRISTIQUES

Nous sommes entrés dans le moment de folie précédent le scrutin des présidentielles. Une sorte de jeux olympiques des promesses, des critiques, des coups tordus, des dénonciations,… auxquels vont se livrer des compétiteurs en grand nombre, souvent autoproclamés, où départagés par des "critériums" improbables appelés "primaires". Au point que chaque matin je crains d'apprendre que mon voisin s'aligne au départ de cette pseudo compétition!

Cette agitation brownienne certains disent que c'est le coût à concéder à la démocratie. Moi, je veux bien, mais le résultat des courses de ce dernier demi siècle ne plaide pas en faveur du critère de qualité de la gouvernance résultante.

Sans vouloir rajouter au déferlement de notes qui va s'en suivre je voudrais mentionner deux critères qui me semblent fondamentaux pour, le cas échéant, trier le bon grain de l'ivraie.

Tout d'abord le dénominateur commun de ces individus prêts à donner leur corps pour la France réside dans le fait qu'ils sont atteints du syndrome d'Hubrist. Les principales caractéristiques de ces acteurs hubristiques sont de surestimer leurs compétences, de sous-estimer les difficultés auxquelles ils doivent faire face et de simplifier à l'extrême des situations très complexes. De fait, ils n'écoutent pas leur entourage et refusent tout compromis. Cette attitude risque de les conduire à prendre certaines libertés, à saper l'autorité d'institutions normalement autonomes, à démoraliser leur entourage, à monter leurs proches les uns contre les autres, etc...*

Qui ne voit pas un Nicolas Sarkozy, un Manuel Valls, une Marine Le Pen, un Obama, un Berlusconi,  un Poutine (mais aussi un Hollande, un Macron, un Juppé,…) derrière la description de ce syndrome ? Ces hommes qui se croient des demi-dieux sont pourtant soumis aux mêmes règles naturelles que tous les autres. Même s’ils semblent parfois l’avoir oublié… On trouve là l'explication du changement profond qui fait qu'un candidat jugé "correct", c'est à dire assez équilibré, assez compétent, assez charismatique,…  se mue en un loup politicien prêt à tout une fois acquis les attributs du pouvoir. Certes, j'en conviens, la direction des affaires publiques à haut niveau ne coule pas de source et mobilise des savoirs faire incontestables. Mais il me semble que des qualités doivent considérées comme prioritaires.

Pour ma part, je m'en tiendrai à la rigueur et la tolérance.

kiki.jpegDroite ou gauche, la rigueur fera qu'on aura ainsi une attitude conforme à la règle annoncée! Pas du surf sur les sondages et des circonvolutions communicantes afin de justifier ses errements. Cela légitimera les votes obtenus et évitera le sentiment de cocufication très fréquent ces derniers temps!

Rigueur politique donc, mais rigueur juridique aussi. Fillon (qui n'est pas ma tasse de thé)  à eu cette expression imagée: "Qui peut imaginer de Gaulle en examen?". Il aurait pu rajouter "Qui peut imaginer le général, en scooter sortant de chez une maîtresse?" Certes le fameux syndrome évoqué veut que ces gens se croient hors des lois et règles réservées au bon peuple. Certains même font candidature pour tenter d'échapper à la justice! Mais comment recevoir l'adhésion de l'opinion si, soi-même, on transgresse les obligations, les jugements?

Rigueur laïque ensuite, car la constitution de la République Française implique cette obligation. Or, la laïcité n'est pas une obligation "à la carte" selon les moments, les enjeux électoraux, ou autre pression financière. J'aime bien cette métaphore que m'avait soufflée un journaliste palestinien il y a une vingtaine d'années à Damas: la religion (il parlait de l'islam) c'est comme une vague porteuse**. Il faut l'endiguer totalement, sinon, les petits ruisseaux permis créeront des rivières qui deviendront fleuves et tout sera noyé (il parlait de la démocratie). Cette rigueur laïque découle d'un courage certain mais à l'aune des exigences d'un pays comme la France. Elle ne se marchande pas selon l'acteur, selon le culte, le sous culte, selon son origine, selon les moments, selon le marché financier, selon le marché politique… l'alouette et l'hirondelle, la rose et le réséda… Pour couper court, on parlera de laïcité sociétale qui dépasse en l'incluant, le seul aspect religieux***.

Rigueur financière enfin. Je trouve insupportable que les élus se gobergent alors que beaucoup de citoyens tirent le diable par la queue, qu'ils mobilisent des "cours" coûteuses de serviteurs et une gabegie d'équipement divers. Qu'ils cumulent des indemnités à la chaîne. Sans doute que si les places étaient rémunérées maigrement, et le train de vie plus modeste les candidats postuleraient moins nombreux. Qu'on ne crie pas à la démagogie car les pays scandinaves observent cette règle avec un succès certain.

Le second critère que j'avancerai sera celui de tolérance vis à vis des instances de contre pouvoir. Médias bien sûr en premier lieu, mais aussi corps intermédiaires pouvant apporter une critique saine de l'action gouvernante. C'est pourtant à ce prix que la démocratie peut s'avérer acceptable et féconde. Quelle est la pertinence des termes "citoyen" et "société civile" pour nos sociétés qui usent de toutes les ruses, de tous les coercitions afin d'éviter la contradiction, la contre information d'investigation. Jadis les réunions politiques étaient dites "contradictoires" et l'on pouvait y débattre vraiment. Aujourd'hui il s'agit de messes savamment organisées en écartant toute personne autre que celles appartenant au cercle des fidèles captifs. La politique devient un entre-soi  dont sont exclu la plupart des catégories non élitistes. On observe ainsi en France une inaptitude à représenter efficacement les pauvres, surtout si ces pauvres sont d’origine immigrée. Ceux qui postulent au pouvoir suprême manient les sirènes d'intégration, d'assimilation, pour les uns, engagements vite oubliés après élections. La suppression ex nihilo du secrétariat d'État à l'égalité réelle confirme cette opinion. Les autres en font des repoussoirs, des boucs émissaires stigmatisés, cause des difficultés de toutes sortes et agitent les risques de métissage socio cultuel (le grand remplacement). L'entre-soi politique conduit à un manque profond d'empathie car les dirigeants (potentiels) sont de plus en plus habitués à choisir les individus avec lesquels ils entretiennent des contacts et éprouvent de plus en plus de difficultés à composer avec ceux dont la présence s’impose eux. D’où l’augmentation des tensions dans l’espace public, où chacun se trouve confronté à "d'autres" non choisis, c’est-à-dire à des personnes qui ne font pas partie de ses cercles affinitaires. 

Rigueur, tolérance à la critique, cela ne semble pas insurmontable! Pourtant il s'agit de valeurs d'une gouvernance à but affirmé et à régulation explicite avec le courage ancré dans sa légitimité. Or, le modèle de pensée en philosophie politique qui domine en France, c’est Habermas, l’idée que la décision publique doit sortir d’une élaboration particulièrement tortueuse entre "initiés" - entre-soi - et non d’un véritable face à face démocratique avec la réalité et les ayant-responsabilité.

Pré élection théâtre d'ombres hubristiques?

 

* http://carnets2psycho.net/pratique/article99.html. Le syndrome d'Hubrist est un concept de David Owen développé dans In Sickness and in Power. Methuen Publishing Ltd 2011
** vague, mascaret, tsunami ??
*** voir sur ce point : Nathalie HEINICH Il faut combattre le prosélytisme extrémiste et le sexisme. Le Monde 31/08/2016

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