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23/01/2017

SPEED MEETING À LA FRANÇAISE °

Après la primaire de droite, la primaire de gauche! Même nombre d'acteurs, même mise en scène... On ne me fera pas croire que ces primaires sont un progrès démocratique! J'y vois une vitrine de soldes* qu'on essaie de nous fourguer comme des nouveautés. Sans parler des "rossignols" (par ailleurs "gentils" eu égard à l'élimination a priori du trublion Filoche) acceptés là comparativement pour relever le niveau des autres. Les candidats sont tétanisés par la peur de l'erreur, du lapsus, du truc dont la presse va se délecter. Tellement tendus qu'ils éliminent toute "chair" à leur discours, tout ce qui pourrait montrer un tant soit peu qu'ils profèrent des choses provenant de leur for citoyen, de leur vécu profond, de leur habitus idéologique ancré pour parler comme Bourdieu. Quand une telle velléité leur échappe, par inadvertance, elle s'évanouit rapidement dans un emballage aseptisant. Les spin doctors leur ont ressassé de ne pas trop agiter les bras, de ne pas trop hausser le ton, de ne pas sembler approuver l'autre, de ne pas… On regarde ainsi des avatars électoraux qui paraissent un peu rance, un peu compassés dans un auto étouffement qu'ils cherchent à masquer plus ou moins habilement.

Pour tout arranger, l'exercice consiste à un saucissonnage thématique façon puzzle improbable qui saute du coq à l'âne et censé traiter ainsi de problèmes pour lesquels les candidats au bac ont trois heures! Quelle est votre position sur la laïcité, version 1905? Vous avez une minute trente… On demande de l'édulcoré fast food, pas de l'argumenté, sinon vous dépassez votre temps de parole! C'est du speed meeting (signifiant littéralement "rencontres rapides" destinées à trouver la personne convenant bien avec le thème de l’événement) qui me paraît le contraire d'un vrai débat politique. Comme si on ne lisait que les titres des journaux.

Voilà pour la forme.

ppp.jpegPour le fond (c'est lié) le constat s'avère pire. Comment peut-on tenter une schizophrénie galopante en se démarquant… d'un bilan auquel on a très récemment contribué ? Hormis dans le cas de la lutte contre le terrorisme, ce ne fut que du bout des lèvres que le quinquennat trouva des défenseurs ou des contempteurs. Mais surtout, un préjugé normatif excluant toute critique du système (jamais le terme capitaliste ne fut prononcé) et fustigeant toute tentation novatrice. Le revenu universel, mais vous n'y pensez pas! Ça va coûter un bras ma pauvre dame! (mais rien sur le renflouement des banques qui a coûté une fortune). Et ça va fénéantiser nos enfants, mon bon monsieur! Il vaut mieux le service militaire sacrebleu! On aurait dit du Fillon à confesse! Sauf qu'il s'agissait là de la seule lueur anti capitaliste dans une soirée baptisée socialiste. Discutable certes, mais qui mérite d'être discutée autrement que par un mépris dérisoire**.

Il faut voir là, l'obstacle majeur de la fonction présidentielle version Vème République. Mon Général a dessiné un rôle pour personnage exceptionnel (lui selon lui!) dans lequel  il s'est glissé avec délice. Sauf que des individus hors classe il n'en court pas les rues ni même les partis. Et les "normaux" échouent, et les "courants" peinent à remplir tout l'espace exigé par le rôle. Ils sont un peu dans le registre d'acteurs de série tv s'attaquant au personnage de César dans la trilogie de Pagnol.

Comme je le disais, la vitrine accuse un vide béant, comme si l'idée (l'espoir) socialiste, manquait de souffle, s'il s'était asphyxié dans l'exercice du pouvoir, comme si la logique libérale l'avait contaminé jusqu'à la moelle. Un discours qui rappelle sans cesse les impératifs budgétaires contre le mode de vie, une  rhétorique qui recycle les thèmes éculés d'un centrisme suranné en les habillant de rigueur gestionnaire. Qui se laisse enfermer dans le piège de la référence monétaire alors que l'on sait que l'argent n'a que la valeur qu'on veut bien lui donner. Ou plutôt celle que les banques tentent en permanence de manipuler pour accroitre leurs profits. Ces banques qui côtoient en permanence la faillite en se renflouant avec l'argent du contribuable. Un socialisme qui s'inscrit dans une entreprise de rafistolage avec pour clefs à molette l'Europe pour les uns, la croissance économique pour les autres et pour croquemitaine, le populisme.

Mais coupons là. Combien de français(es) analysent les propositions des candidats? Leur cohérence, leurs conséquences probables, leurs risques majeurs?  Comme le concours des miss France, le scrutin se fera avant tout sur des impressions, des goûts, des têtes, sur l'apparence…

"Les campagnes électorales, par la mise en vitrine de leur guignol permanent, sont meurtrières. Surtout dans le style actuel des candidats. Entre les groupuscules dont les délégués puceaux d'antenne, bafouillent de bonne volonté, et les grands partis dont les vieux briscards ont répété leurs rôles comme à la parade, c'est à qui prend le mieux la pose à la lucarne. Un festival pour amidon. De la maladresse ou du travail d'orfèvre, mais tout dans le moule"***.

Triste bilan d'une démocratie qui n'arrive pas à produire des dirigeants qui osent sortir de ce préjugé normatif que les medias ressassent, l'idée qu'il n'y aurait qu'une voie et que la seule alternative serait de l'amender. Impasse d'un vote national pour un président dont la souveraineté est battue en brèche, le gouvernement qui nous gouverne n'étant plus vraiment notre gouvernement.

A ce jeu les extrêmes gagnent une crédibilité indue qui devient l'un des seuls arguments qui agitent les partis classiques ou qui font surgir des astres improbables.

 

 

°  Cette note a été rédigée AVANT la première primaire de gauche et mon choix a été de n'y rien changer.

* ce qualificatif n'est pas méprisant mais il faut bien reconnaître le manque d'envergure  des protagonistes.
** pour ceux qui désire une meilleure analyse lire le dossier « Revenu garanti, une utopie à portée de main », Le Monde diplomatique, mai 2013.
*** Louis Dalmas. Le désordre et la patience. Encre. Décembre 1982.

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