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21/02/2019

COLLAPSUS...OU PAS.

Paul Jaurion a écrit une chronique dans le Monde (De la valeur de marché à la tragédie des communs. 12/02) dont la justesse et l’intérêt mériteraient une grande publicité. Il annonce, ni plus ni moins la fin des haricots, comme on le dit trivialement. 

En mettant l’économie en moteur unique de l’action des nations, déclinée en croissance débridée et en productivité, il annonce un collapsus planétaire prochain (50?, 100?...ans).

Jaurion qui possède l’immense avantage d’être (aussi) anthropologue, tente de "Prévenir l’extinction du genre humain qui constitue la fin par excellence". Et il conclut par "Le moment est venu pour les comptables de la main invisible de s’écarter pour laisser la place aux sages de la protection des communs. Le moment est venu pour la valeur de laisser la place aux valeurs".

Cette alarme, les experts, les savants,... possédant une parcelle d’humanité dans leur réflexion ne cessent de l’exprimer depuis les années 60*… Dans un monde pourtant sourd et avide qui dévore tout ce qui permet de faire des profits. La fée croissance dans la main gauche, la magique financiarisation dans la main droite, les maîtres des flux économiques ont imposé à la planète une marche endiablée. Vers où? Vers un mode de vie triangulé en hyper riches, aisés, exploités. Certes il y eut quelques guerres, quelques colonies, quelques banqueroutes,... quelques crises que l’on nous a vendues comme les aléas inhérents à cette marche vers un bonheur qui s’inscrivait sur le cadran du PIB. Puis l’indicateur se mit à peiner, voire même à décliner. Alors les doctes médecins de l’économie libérale enseignée comme un catéchisme dans toutes les facs du monde, ont rendu leur verdict: il faut travailler plus, baisser les salaires et s’affranchir (rentabiliser) des choses qui ne coûtent rien à la communauté. Les biens communs, les communs. En économie, cela désigne les biens publics impurs, des ressources, matérielles ou non, qui sont rivales et non-exclusives, car ils peuvent être dégradés par leur consommation. La notion de communs renvoie également à une forme de propriété collective et aux mouvements qui cherchent à lutter contre la privatisation de certaines ressources. 

Ces communs ont incarné une hantise pour les économistes libéraux depuis Jevons, Walras et Menger. Ils sont accusés des pires maux mais, en premier lieu, de leur non rentabilité selon des démonstrations mathématiques jugées incontestables.

Incontestables à condition de raisonner "hors sol", "hors humanisme", "hors société".

Hors sol cela conduit à saccager la planète en épuisant des ressources limitées, en polluant l’air, les mers et les océans, en réduisant la bio diversité, en modifiant de façon irréversible le climat... En effet la plupart de ces "choses" servent gratuitement à maximiser (directement ou indirectement) des profits.

Hors humanisme s’inscrit dans une non prise en compte des sentiments des êtres humains. En les colonisant, en les exploitant, en leur interdisant de se plaindre, en les manipulant, en les empoisonnant,... puisque toutes ces "choses" doivent servir à la croissance.

Hors société car les critères patrimoniaux, esthétiques, modes de vie, santé, culture, identitaires, sécuritaires, judiciaires,... ne sauraient exister que lorsqu’ils contribuent à faire augmenter le PIB.

Or, l’économie représente, en vérité, une élucubration académique qui ne devrait servir qu’à fluidifier les échanges respectueux des valeurs humaines et sociétales. Point! 

Dire, comme le font certains tentant de sauver les meubles, qu’il existerait une autre économie alternative au dogme libéral s’avère un leurre. Il n’existe pas plus de planification miracle, que d’autogestion merveilleuse, pas plus que de main invisible miraculeuse. Toutes ces alternatives s’avèrent tout aussi contestable si elles ne sont pas soumises à un projet (progrès) humaniste et sociétal. En lisant bien les expériences vécues on ne peut qu’abonder dans ce sens. Le communisme soviétique, l’autogestion yougoslave, le maoïsme chinois,… ont été performants pour faire décoller des pays arriérés… mais se sont effondrés lorsqu’on a oublié la dimension humaine pour diverses raisons. 

Il faudrait extirper des esprits ce primat économique qui est en train de nous anéantir. 

Pourtant, chaque jour qui passe des dirigeants qui revêtent la toge de l’économie pour masquer leur avidité (financière ou de pouvoir) nous entrainent vers un chaos sans retour. Bientôt il n’existera plus d’insectes, puis plus d’oiseaux, puis plus d’eau,.... il y aura toujours des morceaux de papier monnaie avec des effigies royales ou non, il y aura toujours des dettes et des profits... mais ils seront devenus inutiles.

Je ne crois pas utile d’énoncer tous les dangers que les gouvernances libérales font courir à notre espèce. On ne doit pas parler de planète, la planète s’en sortira d’une façon ou d’une autre. Il faut parler de l’espèce humaine menacée par mille périls chimiques, mille risques industriels, mille risques biologiques.

On a trop oublié que le travail premier de l’économie consiste à éclairer les choix. Pas à les faire! "La politique c’est le goût de l’avenir" disait Max Weber. La politique économique c’est donc le choix de gestion de la rareté des ressources par rapport à ce principe. Des ressources rares lato sensu devrions-nous dire! Y compris les ressources incluses dans les valeurs communes matérielles et immatérielles. Avec un outil fondamental en ce domaine: les coûts d’opportunité qui enseignent que chaque choix possède un coût (pas seulement financier!) et qu’il faut juger de son intérêt à l’aune de cette balance. L’économie ne peut représenter le choix premier, impératif et absolu. Car il existe la variable temporelle qui conditionne tout… et qui relève du politique. 

Lors des premiers cours d’économie on expose la courbe d’indifférence. Soit x individus naufragés sur une ile, constituant une force de travail W. La dite force peut s’utiliser (allocation des ressources) en fonction de priorités: soit uniquement à pêcher, soit à construire un filet de pêche. Toutes les combinaisons intermédiaires sont indifférentes… pour l’économiste. Il faut donc qu’une instance politique (d’extraction démocratique ou autocratique) se prononce en faisant l’arbitrage entre la consommation à court terme (seulement pêcher et manger) ou la construction d’un capital (le filet) qui leur permettra contre une privation à court terme de pêcher plus et de dégager du temps (de loisir) faisant évoluer la situation du groupe, à long terme. Pleins d’éléments peuvent conditionner ce choix (contingence de la décision). L’économiste, pour simplifier et rester dans son pré carré, à décidé que le seul critère d’optimisation était l’utilité. On mesure la pauvreté de ce référentiel! Avec en plus, un autre biais : utilité individuelle (comme le demande le libéralisme) ou utilité sociale qui pourrait être définie comme « ce qui fait progresser le bien-être de la société » qui serait laissée au bon vouloir des dirigeants.planète.jpg

Je me permet de rappeler ce petit exemple fondateur pour éclairer la nature même de l’économie. Ainsi lorsqu’un président (ou ministre, ou quiconque) vous assène "Ce n’est pas possible économiquement" il ment forcément. Ce qu’il donne pour impératif n’est que le résultat d’un choix politique préalable (utilité pour sa réélection par exemple)**.

Fi donc des donneurs de leçons doctement chiffrées ou graphiquisées qui s’économisent (volontairement ou par incompétence) de l’élucidation des choix ayant conduit à cette décision. 

Pour la science économique, cette question des choix est familière… mais très souvent occultée.  Le modèle de la décision publique se caractérisait à l’idéal par un Etat fort, garant de l’intérêt général (commun) daté (à horizon court, moyen ou long) et imposant des choix fondés sur l’expertise incontestée des scientifiques (biologistes, juristes, économistes, sociologues,…). On mesure donc la complexité de ladite décision publique, et cela explique le recours à deux subterfuges:

Le premier concerne les idéologies qui sont des "kits décisionnels" clefs en main. On admet  ainsi les  choses  comme  prouvées,  sans  raisonnement,  à  l’instar d’une révélation (Hayek) "Parce que c’est comme ça". Hélas ces kits deviennent des dogmes conduisant à des doxas n’autorisant aucune critique.

Le second s’appelle lobbies, groupes de pression organisés qui, eux aussi, fournissent des "kits décisionnels" qui leurs sont favorables.

Résultats, les choix qui découlent de cette doxa d’économie libérale, choix qui, de plus, sont mondiaux, conduisent à une mise en danger très inquiétante des communs (ce qui appartient à tout le monde) planétaires (climat, pollution, santé,…), nationaux (privatisation, déculturation, inégalités, iniquités,…), voire locaux (privatisation, acculturation, marchandisation,..). L’ensemble résultant s’avère dramatique sans faire de science fiction quel que soit son habitus,  son parti, son idéologie, son intérêt financier,...

D’autant plus que devant le danger les sociétés ont tendance à se replier sur elles en rejetant les problèmes (donc les solutions) sur "les autres". D. Trump et sa politique en incarne l’exemple phare. Il nie les faits, pourtant scientifiques, s’aveugle sur des conséquences néfastes, s’assourdit quant à des recommandations vitales… et joue sur l’économie à court terme au maximum. Comme disait Keynes demain nous serons tous morts! L’Europe ne fait guère mieux retardant l’urgence jusqu’à des calendes grecques "glissantes". La Chine (qui part de loin!) semble la plus sensible à la nécessité de prendre des mesures écologiques (pour le droits humains on verra plus tard). L’Inde et l’ensemble des émergents prétextent qu’ils doivent rattraper (on ne sait pas trop quoi) ce qui les exonèrerait d’efforts.

L’utilité sociale émerge de l’exercice de la démocratie! On a, hélas, trop tendance à l’oublier ou à la faire naitre d’une démocratie pervertie. 

L’utilité sociale oblige à gérer en même temps le sort des plus démunis de chez nous et de la planète entière. Voila la difficulté! Mais c’est impératif car, en Afrique, la dérive du climat ceteri paribus va entrainer des récoltes divisées par deux alors que la population va doubler et reposer avec plus d’acuité le problème des migrations. Là encore, il s’agit donc de la paix mondiale dont il est question***!

Alors saluons le mouvement des jeunes belges pour le climat, mouvement qui se diffuse dans plusieurs pays d’Europe et les "activistes" comme Pierre Larrouturou**** qui prônent des solutions concrètes. En espérant que cela fasse "boule de neige"!

  

* via, notamment le Club de Rome
** on parle d’ensauvagement du monde
*** ainsi plus de 1.700 milliards d'€ ont été "créés" en un an pour sauver les banques en 2008. 
*** HESSEL Anne, LARROUTUROU Pierre, JOUZEL, Jean. Finance, Climat, Réveillez-vous !Indigène éditions, octobre 2018 

Commentaires

Bonjour ,
le professeur apparaît derrière ce texte didactique , pédagogique , clair , évident.
Un plaisir de lecture.

Écrit par : burro calvo | 05/03/2019

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