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23/05/2020

 LE MASQUE EUROPÉEN RÉUTILISABLE


Nous sommes déjà habitués à vivre dans un environnement d'individus masqués de bleu, blanc, fleurs et autre. Macron et Merkel, le fameux couple Merkon, nous offre maintenant un super masque européen!
L'emmanuel bronzé d'on ne sait où, et l'Angela fringuée dans les pastels, ont surgi dans les postes pour nous annoncer, fiers et contents, le sauvetage de l'Europe! 500 milliards les enfants! Prosternez-vous devant le couple, ersatz de l'Eurovision annulée, car pour vous les milliards ça en jette! La confiscation de la parole et de la vérité par le pouvoir continue son œuvre!
Sauf que 500 milliards représentent de l'ordre de 2% du PIB de UE. Une fois répartis au prorata des "poids" des divers pays*, la France "récupèrera" 20%, et la Slovénie 0,4%. Imaginez l'enthousiasme des slovènes pour voter cet amendement révolutionnaire! On assiste, en vérité, à un pas de plus vers l'éclatement de l'Union, déjà mise à mal par les stratégies différentes (voire concurrentes) appliquées à la crise sanitaire. Car, comme toujours, les crises servent à masquer les turpitudes des dirigeants. Ici elle s'appelle le rêve de prélever un impôt européen. Ou bien dissémination des risques dus aux erreurs de gestion. En effet, pour rembourser ces "prêts", car se sont des prêts consécutifs à des emprunts, il faudra que les pays crachent au bassinet à plus ou moins long terme. Et les pays, c'est… les contribuables! Avec une taxation plus ou moins juste, c'est à dire affectant progressivement les riches… ou pas! Ou bien, la vente de parties du patrimoine national : aéroports, ports,…

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Le couple franco-allemand fait (sciemment ou non) comme s'il s'agissait, comme d'hab, d'une crise conjoncturelle. Or, nous sommes en présence d'une crise structurelle (dis, Marx, pourquoi tu tousses?). Et il paraît plus que lucide de se rappeler la prophétie de Galbraith "l'existence d'une menace extérieure à laquelle il est ajouté foi est, par conséquent, essentielle à la cohésion sociale aussi bien qu'à l'acceptation d'une autorité politique. La menace doit être vraisemblable, son ampleur doit être en rapport avec la complexité de la société menacée, et elle doit apparaître pour le moins, comme pesant sur la société toute entière"**
Profitons de ce quiproquo voulu pour esquisser ce que tout le monde évoque sans trop d'arguments, d'engagements. Selon moi il existe trois scénari (concernant la France):
1 le rasfistolage: Ni l’industrie financière ni le monde politique n’ont réellement pris la mesure des dégâts engendrés par le confinement. Seul un quarteron de financiers ultra nantis reste aux manettes.  Le pouvoir en place tentera donc de se sauver en "distribuant des bonbons pour calmer la toux". Soit d'abord en distribuant des subventions au gré de ses appuis et de ceux qui hurleront le plus (tousseront le plus rauque), en disposant d'un rapport de force significatif. La création de monnaie s'avère un analgésique facile pour calmer les douleurs. Tôt ou tard arrive cette "impérieuse nécessité"… généralement une "guerre"… ou une menace qui, brusquement, enlève toute précaution pour user de ce pis aller (cf  R. von Haventstein). Mais on ne soigne pas le mal. On mettra ensuite des rustines sur les services publics qui ont exposé au grand jour leurs carences (santé avant tout). Enfin en verdissant légèrement (greenwashing)  l'action gouvernementale et en transférant massivement la responsabilité écologique à d'autres (Europe, organismes internationaux,…). Les ours polaire attendront!
Avantages: peu de traumatisme idéologique (distribution politique relativement stable) et social. Conformité à la doxa néolibérale mondiale. Maintient dans une U.E. bringuebalante. Perpétuation du soutien agressif, direct, cynique au capital.
Inconvénients: fort chômage touchant toutes les catégories mais, en premier lieu, les qualifications obsolètes ou banales, modifications conséquentes dans la vie quotidienne (forte inflation 10 à 15%, accentuant les inégalités), risques de mouvements sociaux d'ampleur. Globalement, dans la foire d'empoigne générée, les plus forts, plus rusés, plus nantis,… tirent leur épingle du jeu (temporairement). Paupérisation accélérée des  autres catégories dont on exige (le cas échéant par la répression)  des sacrifices (directs ou indirects).
2 le réformisme: une action spontanée ou provoquée s'attaquera aux structures de production mais en laissant "la crise faire son œuvre", c'est-à-dire en laissant mourir un grand nombre d'entreprises (petites et zombies***) pour assainir le tissus de l'économie privée. Certaines seront maintenues par intégration de capitaux publics (nationalisations ou pas). Le secteur sanitaire sera remis à niveau par un financement mixte. On procédera ainsi à un décrassage de la société utile pour la rentabilité du capitalisme.
Avantages: purge et replâtrage du système actuel en tentant de le rendre à nouveau compétitif selon les nouvelles donnes internationales. Désengagement européen permettant une capacité manœuvrière améliorée..
Inconvénients: chômage massif comme précédemment, inflation par les prix et importée, fiscalité modifiée quantitativement et qualitativement. Secteurs sacrifiés (culture, commerce de moyenne importance). Perte de potentiel industriel (les entreprises rachetées à bas prix par des groupes extérieurs alors quelles se trouvent boursièrement dévaluées).  Risque important d'affrontements sociaux.
 
3 la planification: dans cette hypothèse, un débat franc de grande ampleur construirait un plan économique, écologique et social à cinq ans (glissant) imposant un chemin de transition explicite. Des choix drastiques devraient être faits dans le court et moyen terme. Les financements publics (État) et privés (banques) seraient assujettis à ce cadre souple de cohérence évolutive.
Avantage: Meilleure lecture sociale, cohérence dans les décisions, consensus exigé, efficience sociale et économique des investissements. Choix d'avenir dans les modes de production. Amélioration des services au public (communs). Intégration raisonnée d'un volet écologique.
Inconvénients: contradiction avec le système industrio-financier mondial, changements de mode de vie assez marqués (selon rythme choisi de transition), modification soudaine des habitus idéologiques, exigence de gouvernants pugnaces.
 
Voilà mes pistes de réflexion. Je n'en vois pas d'autres car conformément au matérialisme historique ce n'est pas l'évolution des idées qui fait évoluer la société (Montesquieu), mais l'évolution des rapports de production (Marx). La crise actuelle, sanitaire avant d'être économique, a surpris le capitalisme mondialisé et créé une fenêtre de transition des structures productives en révélant clairement l'incohérence et l'inefficacité  de l'usage du capital dans le modèle actuel. En révélant l'impudence des gouvernances afférentes à biaiser en leur faveur les appareils idéologiques (L. Althusser): école, université, médias,… et d'oppression (M. Foucault). Or "Si le management étatique, confronté à la crise échoue, il régresse en deçà des ambitions programmatiques qu'il a fait, lui-même, valoir et, comme punition, il en résulte une soustraction de légitimation. Et spécifiquement un déficit de légitimation signifie que l'État avec les seuls moyens administratifs ne peut conserver et/ou créer des structures normatives efficaces qui suffisent aux fins de la légitimation" (Habermas)****. Le pouvoir macronien, promoteur d'un management transidéologique ayant fait naître plus ou moins des ambitions de gestion équilibrées socialement et efficaces économiquement, se décrédibilise tous les jours dans l'imprévision et l'incohérence de son pilotage de crise. Il s'avère donc fragile et inapte à survivre à un assaut de forces légitimes. Il en est de même pour le pouvoir européen incapable d'assurer la solidarité promise et autorisant sa légitimation. Est-il renversable?
Certainement si la proposition consiste en une politique économique visant les besoins sociaux et l’équilibre écologique, fondée sur des critères non monétaires et extra-économiques. Cette synthèse dialectique (André Gorz, Elmar Altvater, James O’Connor, Joel Kovel, John Bellamy Foster,…) paraît, à première vue, utopique. Mais, "si l’establishment semble si solide en dépit des circonstances, et si le mouvement contestataire est à ce point paralysé, c’est que nulle part ne se présente de projet alternatif radical. Seule une alternative globale, brisant cette résignation et cette capitulation pourra donner au mouvement d’émancipation une réelle envergure" D. Singer, À qui appartient l’avenir ? Pour une utopie réaliste, Complexe, Bruxelles, 2004.
La question qui se pose maintenant est celle ci: est-ce que le réaménagement politique qui a fonctionné jusqu’à présent peut encore servir avec les deux crises, la  financière et la sanitaire, en cours?  Est ce que cet aménagement va suffire à faire tenir les 90% de salariés tranquilles face à la paupérisation? (Blog de Brunobretez)
En d'autres termes, si rien ne se dessine dans ce rapport de forces potentiel, comptons sur la réactivité dudit capitalisme pour phagocyter, en sa faveur, le changement qui s'impose.
 
Espérons pourtant, pour nos descendants, une autre destinée que celle des ehpads industriels, commerciaux et sociaux qui devenait notre promis.
 
* Toute autre dispatching donnerait lieu à des polémiques sans fin. Plus l'arrêt du 5 mai 2020 de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui a posé le principe de la primauté du droit allemand sur le droit européen. L'accord Macron-Merkel peut donc être effacé au nom dudit arrêt.
** Jonh K. Galbraith. La paix indésirable? Rapport sur l'utilité des guerres. Calmann-Levy. 1968
*** une entreprise zombie est une entreprise non rentable, à tel point qu’elle est incapable de payer ne serait-ce que les intérêts sur sa dette à partir des résultats générés par son activité.
**** Jürgen Habermas. Droit et démocratie. Entre faits et normes. Collection NRF Essais, Gallimard
 

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