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08/05/2013

À LA PARTÈGUE !

J’ai pas mal réfléchi au commentaire relatif à la note sur Les trois écoles, qui me reprochait un certain mépris pour la démocratie. La République oui, la démocratie hum ! J’avoue en effet que ce système ne me donne pas grande satisfaction ACTUELLEMENT même si, comme disait Churchill, il s’avère l’un des moins pires.

En fait ce qui me gêne avant tout réside dans la confiscation du pouvoir par une catégorie d’individus, chapeautée par un « despote élu », le président de la République. Je dis bien catégorie car il s’agit à la fois d’élus et de hauts fonctionnaires coalisés dans ce dessein. Les élus sont « distillés » par les partis principaux et les hauts fonctionnaires par les grandes écoles. L’énorme majorité des individus se console dans le rituel du vote (tous les cinq ou six ans) afin de redonner un tour de piste à l’une des fractions de cette « caste ». En outre, une sur catégorie constituée par « l’Europe » (nébuleuse complexe s’il en est) joue le gardien des ânes en distribuant des bons et mauvais points. À partir de là le « sacre » de l’élection permet tout et passe même avant la justice (cf l’immunité). Et l’on se gargarise en vantant notre fonctionnement démocratique tout en fustigeant quiconque dénonçant les carences du système. Bien sûr la constitution de la Vème République accentue en l’état ce fonctionnement élitiste. Bien sûr l’Europe éloigne encore les décisions du citoyen lambda. Or, « Il ne peut pas y avoir de démocratie s’il n’y pas de partage des formes de savoir, d’information et s’il n’y a pas de délibération vivante pour tout ce qui constitue un monde commun ». (Pierre Rosanvallon. Des idées pour transformer une République encore oligarchique. Le Monde 7 mai 2013).

Ce système ne convient qu’en cas l’embellie, quand tout va très bien madame la marquise  et que les dirigeants peuvent se parer des vertus du succès. Alors le peuple s’en fout parce qu’il est heureux et que les fruits dudit succès sont partagés convenablement. On parle d’années glorieuses.

Il ne vous a pas échappé que ce n’est pas le cas depuis quelques temps ! La crise, qui n’affecte pas cette caste dirigeante, fracture la confiance mise entre les mains des représentants en abdiquant quant à l’usage qui en est fait. « La (vraie) démocratie ce n’est pas le choix entre plusieurs offres, c’est un pouvoir d’agir » (Jacques Rancière, ibidem).

Alors, comme moi on doute, on se demande si « nos dirigeants » sont aussi brillants qu’ils se vantent. S’ils défendent bien nos véritables intérêts, notamment les quelques uns qu’ils ont bien voulu nous promettre (« Moi, Président…). Je suis dans la métaphore de la partègue.Partègue.jpg

La partègue c’est cette longue perche de bois qui sert à faire avancer la barque sur l’étang. Un coup à droite un coup à gauche… La conduite s’avère très particulière et parfois, hasardeuse.

Lorsque j’allais à la chasse aux canards, vers quatre heures du matin et qu’il faisait nuit noire, assis au fond du négafol*, sans bruit et sans repères visuels, je doutais parfois de la capacité du « Châtelain », mon ami qui maniait la perche, de trouver le gabion au milieu de l’immensité de la lagune vendroise. Il fallait lui faire totalement confiance, se fonder sur sa réputation, sur son savoir faire capable de gérer les vents, la pluie et autres obstacles conjoncturels. Cette « Nuit des chasseurs » qui nous rendait serfs de la Nature, humbles et tendus dans ce mélange d’angoisse et de confiance, je la retrouve dans une sorte de « Nuit des citoyens » actuelle. Je soupçonne le partéguaïre normal d’avoir une perche trop courte, une connaissance de l’étang assez moyenne car plus apprise dans les livres que dans la vase, un pouvoir contre les vents du Nord et courants insuffisants. En plus on nous serine que la barque est percée et fuit de toute part, et que sans doute un raz de marais va arriver. Que les bateaux Grec et  Chypriote se sont échoués et que les ibères ne sont point des caravelles ! Qu’il faut jeter du lest ! Mais à part des choses indispensables il n’y a pas grand’ chose de superflu dans l’embarcation. Jeter les fusils et les appelants rendraient nôtre dessein de cynégétique illusoire. Mais peut être le partéguaïre se fout-il de notre désir puisqu’il ne nous l’a point demandé. Peut être même qu’il n’aime pas la chasse, ni les canards, fussent-ils sauvages ! Peut être qu’il va nous noyer dans cet univers opaque et liquide, donnés en pâture à des forces supérieures auxquelles il est affidé…

Ou bien, en fin de compte, à la déjouque**, nous aborderons notre but dans un lever de soleil radieux, effaçant nos craintes et nous soupçons. Aux alentours, la nature se réveillera en une profusion écologique biodiversifiée, amorçant un nouveau cycle prodigue.

Croisons les doigts !!!

* Barque pour le marais, mue à la perche ou aux rames pour se déplacer dans les roselières avec très peu de fond. Sur la partègue et le négafol je vous conseille un remarquable document : Du négafol à la barraca. Le patrimoine maritime en Languedoc-Roussillon. Hélène Palouzié, Christian Jacquelin , Michel Descossy. DRAC Languedoc-Roussillon
** lever du jour en occitan
*** illustration extraite de http://www.etymologie-occitane.fr/2012/01/negachin-negafol-neguati/

 

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