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20/01/2014

CARNAVAL À L’ÉLYSÉE

Mardi après midi, lors de la conférence de presse de F.H. j’ai été frappé par le spectacle métaphorique du carnaval, et plus particulièrement, du carnaval de Limoux*. Ce dernier se déroule sur et autour de la place de la République, premier symbole en harmonie avec les pourpres et les ors de la salle élyséenne. Il s’agit ensuite et surtout d’un rituel parfaitement réglé comme du papier à musique, avec des rôles distribués, des habits dédiés, des acteurs strictement inscrits (les fecos), des comportements encadrés, des temps bien scandés. Mardi, il manquait seulement la musique et l’ambiance !

A Limoux il y deux «peuples»: les Pierrots (représentation des riches) bien habillés, policés, tout en retenue et les Goudils (représentation des gens de peu) déguisés, paillards et chambreurs. A Paris il y avait les ministres et les journalistes «habilités» bien comme il faut, ne dépassant pas les limites du rôle qu’on leur avait imparti selon la première posture. Les goudils, eux, avaient été parqués pour éviter qu’ils chinent»** François Volage. Les critiques de la vie privée ou professionnelle, les dénonciations d’un comportement social hors-normes, forment en effet l’essentiel de la «chine» desdits goudils. Selon le rite*** on ne doit pas démasquer (enlever le masque) dans ce jeu carnavalesque. Par conséquent, les goudils (journalistes étrangers ou indépendants) ont été soigneusement muselés afin qu’ils ne chinassent pas trop le président ! La soupape à l’affaire J.G. se fera dans leur presse étrangère à cœur joie : l’image égrillarde des français, leur hypocrisie en matière de sexe, traitées au niveau des fromages qui puent et des cuisses de grenouille, feront choux gras dans les tabloïds ! Une France d’alcôve déjà bien amorcée par DSK !HOLLANDE-CHARLIE-HEBDO.jpg

A Limoux il y a le «pierrot de devant» qui mène le cortège, oscillant de façon pendulaire au rythme de sa carabène (long bâton décoré). Blanc et lisse, emprunté dans son costume brillant, avec les masques successifs. Hollande tout craché. Premier masque, celui du chef sérieux et pénétré, cachant la vérité de l’adolescent attardé et insensé, batifolant en scooter auprès de starlettes énamourées. Parlez à mon masque ! Le vrai visage ne vous regarde pas ! Circulez il n’y a rien à voir que ce qui vous est donné à voir! Quant a l’apparence du déguisement, elle doit également revêtir une tromperie majeure: à Limoux, les hommes sont des femmes, les gros des maigres, les soudards, des notaires,… A Paris, le socialiste apparent s’avère un libéral new look, qui glose sur la loi de Say et une théorie de l’offre que même les profs d’économie savent périmée. Qui parle d’entreprise et non de patrons, de chômage et pas des chômeurs, de marges et non de profits, de sueurs et non pas de mieux. Un méchant de nanti à l’instar du Pierrot de davan ! Accoutrement parfaitement réussi, car les spectateurs se demandaient instamment si le travestissement ne cachait par monsieur Sarkozy !

Et le pire, dans l’histoire, concerne la bande de pierrots gouvernants (les ministres) derrière leur loup figé de neutralité requise. Pas un n’a même tressailli quand la petite musique libérale a envahi les engagements hollandistes. Même pas Hamon que je croyais bien à gauche, même pas les verts, pas même Montebourg qu’on pensait rétif. Trop préoccupés par leur poste, leur appart et leur bagnole de fonction,… pour faire preuve du moindre « courage idéologique » !

En arrière plan, le religieux. Pour l'Église, la christianisation du calendrier a été le moyen de lutter contre les rites païens (dont la carnavalesque!) en les intégrant à l’année liturgique, ce qui lui a permis par la suite de les contrôler. De même, François Adultère a joué l'inversion païenne en caressant dans le sens de l'hermine, l'autre François ci-devant pape en exercice. Un pape, «grande autorité morale», qui peut s’avérer «utile» et «précieux». Travestissement de l'éthique laïque en cirage de pompes vaticanes! Un jésuite parle à un jésuite, car tel F.H., F.I, après avoir promis dans des déclarations fracassantes la révolution, n'a pratiquement rien bougé.

Enfin, le carnaval limouxin est le plus long du monde en durée ! Il s’étend de janvier aux Rameaux avant que l’on ne brûle la représentation du Roi Carnaval après le procès public (en Occitan) où on accuse le mannequin totem (appelé Badaluc à Chalabre) de tous les maux (inondation, feu, vent défaite de l’équipe de rugby,…) ayant frappé durant l’année passée et les conduites qui ont heurté le corps social. Le bashing débridé, il connait François!

Combien de temps encore avant que l’on brûle le Pierrot de daban Français ? Combien de temps Hollande pourra-t-il jouer avec les masques, éviter les chineurs, déjouer les procès populaires ? Girouetter efficacement n’est pas donné à tout le monde et n’est pas Edgar Faure qui veut ! La mascarade de mardi a révélé tous les artifices d’un pouvoir sans solution. Combien de temps les pierrots ministres resteront-ils sans moufter ? Au moins en partie.

Les français se sont choisis un président de fantaisie, à un poste qui requiert la compétence empathique et une volonté de fer. Pour masque, il a choisi la normalité. Mais «La simplicité affectée est une imposture délicate» disait La Rochefoucauld. Sur les ruines de ce socialisme, dit réel, dans la crise de l’idée de révolution et de l’idée de progrès, dans la sclérose de la social-démocratie, dans la sotte idée de moderniser, alors que la modernité est en crise, dans la cécité du néolibéralisme qui prétend tout résoudre par la concurrence et le marché, dans le « au jour le jour » des politiques réduites à l’adaptation, à l’économie et au culte de la croissance, il n’y a plus d’espoir de futur, plus de volonté de régénération démocratique… C’est d’Edgar Morin (Vers l’abime ? L’hermès.2007).

A méditer les lendemains de carnaval !

* pour plus de détail sur cette manifestation, voir D. Fabre et Ch. Camberoque. La fête en Languedoc. Privat 1977.
** La "chine" c’est des paroles susurrées à l'oreille d’un spectateur chiné, une boutade, une allusion intime, par celui qui est masqué. Il est le but de son déguisement. Il devient un élément actif d'une comédie improvisée. Tout son jeu et son charme consistent à deviner qui se cache derrière le masque et vous connaît suffisamment pour en savoir si long sur vous.  Elle peut aller très loin, révélant jusqu'à des détails intimes de la vie du "chiné". 
*** Sur cet interdit coutumier pour les revendications sociales et politiques voir Marion Lavabre. Bas les masques. Temps de crise, temps de fête. Limoux 1996. Revue des traditions wallones.
 
L'illustration est déclinée de la une de Charlie Hebdo

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