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10/02/2014

VIEILLES RECETTES!

DE TEMPS À AUTRE JE CROISE GUS MON AMI, EX PILIER DE RUGBY, AVEC QUI J'ENTRETIENS DES CONVERSATIONS HERMÉNEUTIQUES!

GUS-Tiens salut! il y a une peille que je ne t'aie pas vu! Alors, l'économiste,  qu'en penses-tu de cette sauce hollandaise?

REBOUSSIE- Bof, pas grand chose avant, pas mieux après! 

GUS-Puisque je te tiens, dis moi en deux mots, la politique de l'offre que sa co?

REBOUSSIE- C'est un vieux truc que l'on ressort de temps en temps comme ma grand mère sortait son chapeau à mantille pour l'aérer!

GUS-Mais ça marche, ou quoi?

REBOUSSIE- Pas vraiment ou alors, dans des conditions très très précises qui ne sauraient être les nôtres actuellement.

GUS-Bon essaie de me faire simple pour que j' escagasse mon gendre au repas de dimanche!

REBOUSSIE- Bon, comme toujours en économie il y a deux axiomes…

GUS- Arrête tes conneries! J'ai dit simple!

REBOUSSIE- Deux idées fondatrices, qui conditionnent tout: la loi de Say et la courbe de Laffer…

GUS-Say et Laffer ça ferait une belle seconde ligne!

REBOUSSIE- Là c'est toi. Offre et demande représentent les deux bras de la balance.  Say posait (en 1800 et quelques ,ce n'est pas tout neuf!) "la production crée ses propres débouchés", ce qui veut dire que l'économie ne peut pas se trouver en sur production, l'offre créant sa propre demande. Postulat, bien sûr, comme l'est la courbe de l'offre tracée, dit-on, sur la nappe en papier d'un restaurant de Chicago lors d'un repas entre Canto, Joines et Laffer, ce dernier ayant emporté le morceau, c'est le cas de le dire. Ici le postulat (jamais vraiment vérifié) consiste à affirmer que pour chaque niveau de recettes fiscales il existe deux taux d'imposition: l'un "normal" bien plus faible que le "dissuasif". Ce dernier décourage les patrons d'embaucher et les ouvriers de travailler. En supposant encore que nous soyons dans cette seconde situation alors l'Etat doit baisser les impôts pour se rapprocher du taux normal. Voir les décisions de Reagan et de Tatcher, à l'époque.

GUS-Ça fait beaucoup de conditions, d'hypothèses,... mais je suis

REBOUSSIE- Ces deux "thèses" sont pain béni pour les syndicats patronaux pour réclamer ces baisses d'impôts aux effets miraculeux. Mais, hélas, la magie n'agit pas!

GUS-Pourtant le propos paraît de bon sens : si tu baisses les impôts, cela file du pouvoir d'achat aux ménages et les patrons sont plus enclins à embaucher car leurs marges s'arrondissent.

REBOUSSIE- Et oui! Tout l'intérêt politique et médiatique réside dans cette "simplicité raisonnable". Quand tu vas à la télé, tu ne peux pas te lancer dans des démonstrations complexes et techniques. La simplicité, même caricaturale, reste la meilleure arme du communicant. Avec une couche de germanisme (Regardez, l'Allemagne…)  ou de scandinave (Comme nos amis suédois..) pour le fun, et roule ma poule!

GUS-Ah ouais! Comme cloco pelat* !  Bon, et alors pourquoi le tour de magie foire?

REBOUSSIE- D'abord parce que, au temps de Say, on était loin de la mondialisation!. Quand tu fabriquais des produits ici, les consommateurs se trouvaient aussi ici. Aujourd'hui les mamans françaises elles achètent un max de trucs qui viennent du bout du monde. Et les mamans chinoises elles ne viennent pas toutes se balader à Paris pour les remplacer. 

GUS-J'ai pigé! Le coup de Say, ça ne fonctionne plus because la mondialisation. Et la courbe du copain de Jack Cantoni…

REBOUSSIE- De Canto un américain, ne confond pas! Sans même parler de la courbe de Laffer, supposons que les patrons payent moins d'impôts. Avec le "gain", soit ils ont des commandes  (leur produit est apprécié par les consommateurs) et ils pourraient embaucher… si leur capacité de production n'était pas déjà suffisante pour répondre, le cas échéant, à cette hausse de la demande. Comme on se trouve très majoritairement en France dans une situation de capacité de production inemployée … je te laisse la conclusion.

GUS-Compris! Mais peut-être y en a-t-il qui ont un moral optimiste en acier !

REBOUSSIE- Ceux-là pourraient embaucher certes, et investir dans des machines neuves. Sauf que les taux de rentabilité espérés s'avèrent trop aléatoires et surtout trop faibles par rapport aux sirènes des placements financiers. En phase dépressionnaire on fait de l'épargne de précaution. Comme les ménages d'ailleurs avec leur "gain" fiscal. Résultat, rien ne contribue à relancer la machine! El la politique de l'offre finit dans la trappe spéculative (livret A pour les pauvres, placements pour les moins naïfs, délocalisation du blé pour les plus "lestes"). Pas le moindre point de croissance, pas le moindre infléchissement du chômage. Rien! Nada!

GUS-Hé bé! Sen mal partits**! Alors il n'y a pas un chemin, un minuscule sentier, pour sortir de l'impasse du Sapin? Un vrai truc, pas des raisonnements! OFFRE.JPG

REBOUSSIE- Honnêtement les solutions restent peu évidentes car l'État français n'a plus les clés du camion qu'il a données à Bruxelles et la barrière de protection qu'il a confiée à l'OMC. Le passage étroit, étriqué même, réside dans l'innovation, ou plutôt la fabrication de produits (ou de service) nouveaux qui ne soient pas en concurrence internationale. Pas une politique de l'offre mais une politique de R-D recherche développement d'éléments de l'offre non délocalisables.

GUS-Tu as raison de préciser, car même les labos à poutengues comme Sanofi vont au Viet Nam ou en Inde concevoir et fabriquer leur pilules après avoir palpé les subventions gauloises! Même les champignons de Paris viennent de Pologne et les escargots de Bourgogne de Hongrie!

REBOUSSIE-  C'est la difficulté majeure de la nouvelle économie: tu ne peux pas lutter comme des salaires ridicules pour des travailleurs "émergents" maintenant presque aussi compétents, voire autant que les nôtres. Il faudrait provoquer une offre de créativité massive via notre appareil de formation (Apprentissage, IUT, Facs, Ecoles d'ingénieur),  ce qui ne se fait pas en deux ou trois ans (soit l'horizon électoral moyen de nos élites gouvernantes). Ni avec les quatre sous qu'on y accorde.

GUS-C'est pas gagné! Moi qui croyait avoir voté utile en votant pour le président normal!

REBOUSSIE- Les élections sont quasi insignifiantes, presque comme dans les pays du Tiers-Monde qui sont dirigés par les institutions financières internationales. C’est ce qu’a décidé de devenir l’Europe en chargeant la Banque Centrale Européenne de gérer "ses intérêts". Elle n’y était pas obligée! Et depuis, encore et toujours, la politique économique est presque en permanence à l’inverse exact de ce qu'attend l’opinion publique. Et seul le catéchisme dominant a le droit d'exister et de s'exprimer.

GUS-Et pourtant on sent qu'il y a de la richesse! Le temps que nous parlions il est passé une dizaine de 4x4 haut de gamme et autant d'Audi rutilantes!

REBOUSSIE- Sûr! Quand tu lis le transfert de Cabaye, le salaire Falcao, de Zlatan, le prix des Rafales, le coût des autoroutes improbables, des aéroports discutables, des guerres peu opportunes,… Quand tu sais que des banquiers plutôt incapables vont palper des fortunes comme "fossoyeurs " chez Dexia qui a déjà englouti un max de fric public…  pour la partie visible de l'iceberg, tu te pinces.

GUS-Ne m'en parle pas, je vais défaillir!

REBOUSSIE- Pas toi! Ne me joue pas ta Valérie! Sérieusement, il ne s'agit pas de dire y a ka. Il faudrait une révolution profonde pour changer complètement la donne et les donneurs! Car tu t'aperçois que quand on économise 100 ici, on les refourgue là dans des usages tout aussi contestables… si ce n'est plus! La gauche comme la droite car le système est figé, matériellement irréversible.! C'est comme au rugby, tu ne peux pas revenir en arrière! Les centres font cent dix kilos, les demi de mêlé un mètre quatre vingt et les règles empêchent plus les attaquants qu'elles ne les favorisent. Et on a donné les clés à des ligues avides et des arbitres intouchables.

GUS-Puisque tu en parles, n'es-tu pas effrayé par le nombre de joueurs étrangers dans le top 14?

REBOUSSIE-  On va te dire que c'est la mondialisation! Rien à faire! La suppression des frontières pour plus de convivialité! En fait, cela se résume à créer un marché télévisuel plus important et homogénéisé. Ainsi qu'un réservoir de joueurs demandant moins financièrement… Mais si on part là dessus tu sais que l'on va en avoir pour des plombes!

GUS-Tu as raison il faut que je rentre car le poisson est en train de pleurer dans le cabas! Salut prof à plus!

REBOUSSIE- Salut Gus ! Porte-toi bien!

 

* Gus donne ce surnom de "crane pelé" à François Lenglet
** On est mal partits!
l'illustration utilise un tableau de Marine Assoumov à voir sur http://www.peinture-rugby.fr/art-assoumov.htm

 

Commentaires

C'est limpide , lumineux , imagé , gouleyant ........ et amer !

Écrit par : catalaburro | 14/02/2014

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