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06/03/2014

TAUPE 14 ET RUGBYSOUNOURS

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Samedi passé j'ai assisté à un super match de rugby! Angleterre/Irlande. Un rythme d'enfer, dix à quinze phases de jeu et, surtout, surtout, en tout et pour tout, trois (!) mêlées écroulées. Peut être pas du grand rugby tel que les nostalgiques des envolées de trois quarts le rêvent mais du rugby physique et efficace, dépouillé de fioritures. Les anglais possèdent la formule gagnante: une adaptation pertinente du rugby à treize. Soit une exploitation rapide des ballons, trois à quatre percussions au près de joueurs vraiment LANCÉS comme des avions puis (si le rideau n'a pas été déchiré) un léger déplacement latéral de deux ou trois passes courtes, fixation, et la séquence redémarre. Ainsi de suite! Pour jouer ce jeu il faut des éléments forts, rapides, adroits, en condition, les quatre qualités simultanément. Et un adversaire qui s'y prête. C'est le cas de l'Irlande.

Et puis, j'ai assisté aux pales matches du Taupe 14. Taupe car le jeu se réduit à des petits tas, de petits monticules de maillots qui mettent un demi siècle pour extraire la balle, donnée à un avant qui inlassablement (si se n'est pas lui c'est donc son frère!)  fait cinq mètres au petit trot, s'écroule initiant un autre tas… De temps à autres survient une mêlée. Mêlée qui, à l'issue de quelques écroulements successifs, accouche d'un bras cassé, d'une pénalité, voire d'un carton de couleur et quelques fois d'un ballon aussitôt confisqué par le numéro huit… qui reproduit la séquence. En regardant bien on s'aperçoit que le jeu "actif" s'avère bien maigre et les courses bien courtes. On ne doit pas s'étonner, ensuite, que les français n'offrent pas une condition physique exemplaire. Et que nos avant fassent "les bordures" petit bras!

Mais ce Taupe 14 subit en outre les conséquences hilarantes d'un arbitrage qui le transforme en rugbysounours. Pour les entrées en mêlées, tout juste si les piliers ne se font pas la bise pour vérifier leur proximité (ils en sont pour l'instant au frottis d'oreilles). Les placages sont millimétrés en hauteur, en position des bras, en accompagnement… Les avants sur passe ne sont plus étalonnés selon la trajectoire du ballon mais selon l'angle des mains et l'intention du passeur (?!). La zone plaqueur-plaqué fournit des sanctions largement incompréhensibles tant par les joueurs, les entraineurs que les spectateurs. Comme toutes ces précautions frustrent les combattants, ils se défoulent sur des "nettoyages" assassins bien plus dangereux pour les côtes que tout le reste. Et quand tout cela ne suffit pas (c'est à dire la plupart du temps!) un monsieur caché dans un petit studio mate sur un écran durant quelques trop longues minutes, en grande partie inutiles, les éléments de son verdict. Un monde des bisounours qui dénature le sport de combat qu'était le rugby. Jadis celui qui se mettait hors jeu risquait la correction de l'adversaire, les entrées en bélier ne créaient pas plus de dégâts mais contribuaient à faire tenir les mêlées tout autant que le risque du coup de savate si vous alliez au sol… "Un vrai coup de godasse sur un type à terre, c'est encore plus dur à donner qu'à recevoir"  assénait André Herrero. O tempora o mores, comme dirait Gustou!

Je pourrais rajouter pour "expliquer" le naufrage du rugby de France, le surréaliste système des doublons qui voit les équipes privées en championnat de leurs meilleurs joueurs nationaux. Et, paradoxalement et moins visible (quoique tout autant perturbant), la "loi du marché" qui fait que chaque club de l'élite doit avoir des internationaux afin de valoriser son capital financier constitué par la côte marchande des joueurs. Ainsi on aboutit à une équipe nationale patchwork alors que les anglo-saxons présentent jusqu'à sept ou huit éléments du même club-province. Ainsi tel ou tel nom apparaît en équipe nationale à l'étonnement général, ou tel ou tel autre est maintenu même après des prestations indigentes.

Mais, tout cela n'est que péripéties. Parlons sous, gros sous. Les droits TV ont été à nouveau signés avec Canal+ pour quelques cinq années. A un prix bradé selon certains. La Ligue nationale de rugby voulait procéder à un appel d’offres pour la diffusion du Top14 à compter de la saison prochaine, pour mettre Bein dans le coup. Mais la chaîne cryptée a décidé de contre-attaquer sur le terrain judiciaire. Et la Ligue a abdiqué. Vous avez compris! L'enjeu tue de jeu comme disait l'autre! Et pas seulement l'enjeu du score!

Toutefois, puisque nous parlons fric, un risque reste, me semble-t-il, négligé par ces messieurs gros argentiers qui ont remplacé les messieurs aux gros pardessus: Le risque du rugby à VII. Plus simple, plus rapide, plus spectaculaire,… et surtout accueilli aux Jeux Olympiques ce qui lui donne une audience mondiale. Déjà ce sport remplit le Hong Kong Stadium, The Sevens à Dubaï, le Chichibunomiya Rugby Stadium à Tokyo, ou le Westpac Stadium à Wellington (NZ). Aussi à Las Vegas, Adelaïde,…  Si les sponsors visent le ratio investissement/couverture médiatique, il n'y aura pas photo. Et une fois le seuil de visibilité (comme on dit dans ce monde) atteint, la dynamique risque de ne pas favoriser le XV. Avec quelques aménagements (légère réduction des dimensions du terrain) le VII représente un support publicitaire mieux taillé (temps de diffusion plus nombreux), plus accessible au néophyte et un spectacle plus enthousiasmant.  En outre, la masse salariale étant réduite de façon significative, des villes moyennes (Béziers, Agen,…) pourront à nouveau accéder à une "élite" plus ouverte, plus spectaculaire et les villages qui ont de grandes difficultés à rassembler une vingtaine de joueurs reviendront dans la course. Comme disait Françoise Sagan "Ce n'est pas parce qu'il est violent que j'aime le rugby. C'est parce qu'il est intelligent."

Qui vivra verra! 

 

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