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11/08/2020

FRUGALISME, RÉCESSION ET AUTRES RÉGIMES POST PANDÉMIQUES

Le gouvernement français cherche désespérément à promettre et à soutenir une relance. Dans son esprit, sémantiquement, cela se traduirait (à terme!) par un retour des choses à l'avant Covid, voire un peu plus si l'éternel mythe de la croissance s'en mêlait. A cette fin il déverse des milliards dans des caisses vidées par la crise sanitaire.

Mais une récession ce n'est pas seulement un enjeu économique, mais aussi philosophique, moral, sociologique,... politique!

Face à ces défis, la France et les puissances majeures ont remplacé brutalement le libéralisme (néo?) par une sorte de nouveau keynésianisme débridé, en fait un keynésianisme de guerre. Un keynésianisme qui, toutefois, ne remet pas en cause les inégalités internes et externes. Par exemple, en interne, la fiscalité reste très favorable aux hauts revenus. L'impôt sur la fortune reste tabou! Au plan international l'hémorragie de monnaie se fait à usage interne et néglige la pauvreté des PSD. Les inégalités qui faisaient déjà problème (Piketty) avant le Covid vont augmenter alors que l'on devrait y remédier.

Tout cela me semble une erreur majeure!

Primo tout bêtement parce que l'on dévoile ainsi le "mensonge occulté" de la création monétaire. Depuis 1971 CQTLF (ceux qui tirent les ficelles) ont réussi à masquer qu'il n'existait plus de contrepartie matérielle à la monnaie et que sa création s'avère uniquement contrainte par la crédibilité de l'émetteur. Comment ensuite faire accepter l'austérité à telle ou telle catégorie de la population?

Secondo, le dosage: si ledit émetteur n'en crée pas assez il provoque une sécheresse (austérité) ce qui  n'est pas bon. S'il en crée trop, beaucoup trop comme actuellement  (mise a disposition par la BCE de 1.350 milliards d’euros  pour le programme « urgence pandémie »), il peut provoquer des inondations. Dans ce dernier cas, il existe un point de rupture (un point de retournement dirait la théorie du chaos) au delà duquel se produit une dépréciation massive (systémique) de la monnaie. L'Allemagne a notamment connu cette panique monétaire en 1923, le Vénézuela plus récemment.

Pour l'instant l'euro nous protège de ce malheur, mais jusqu'à quand? D'où le frein mis à l'hémorragie par les pays frugaux. Les macroniens ont raillé ces empêcheurs d'user librement de la planche à billets, mais il faut, au contraire, louer leur lucidité.

Frugalité donc, qui impose une révision profonde des affectations financières de l'État. C'est là la vertu des guerres (fut-elle sanitaire) que d'obliger à réinventer ensuite la société et l'économie qui l'irrigue en privilégiant les communs fondamentaux et les "faits porteurs d'avenir" (Pierre Massé) c'est à dire les investissements préparant un futur humanitairement souhaitable. Soit une reconfiguration sensible des fonctions des États. Le programme du Conseil national de la Résistance  reste un exemple.

Aujourd'hui, les communs fondamentaux sont ceux révélés par la crise covidaire, soit qu'ils doivent être "réparés" (santé, paupérisme, enseignement, nuisances, culture), soit qui doivent être "projetés" (les mêmes en intégrant l'évolution technologique). "Cela, en d’autres termes, signifie que les prospectivistes devront explorer différentes options, leurs conditions de mise en œuvre, procéder à une évaluation ex ante des coûts et bénéfices de chacune d’elles mais qu’il incombera au décideur de prendre ses responsabilités au moment d’opérer des choix qui engagent la société à long terme." (H. de Jouvenel). D'où l'exigence d'une lucidité (afin de ne pas gonfler un pneu crevé, selon le mot d'Alfred Sauvy)et d'un courage politique nécessairement arrimés sur un consensus social large.

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Versant lucidité, Emmanuel Macron a promis le cadre administratif c'est à dire un plan. C'est une bonne chose si ce dernier prend un tour démocratique, c'est un leurre si ce tour s'avère technocratique. Ou si les projets n'intègrent que des changements cosmétiques habillés de communication. Le pilote annoncé dudit plan s'appelle F. Bayrou. Pour moi ce n'est pas forcément une garantie de prospective hardie. Mais, comme on dit dans le Quercorb "Il ne faut pas juger le bœuf avant de l'avoir vu labourer". Beren be!! *

Versant courage, cette démarche de reconstruction met à mal l'idéologie précédent la crise. Le macronisme s'inspirait d'un libéralisme (pseudo?) décomplexé notamment en maniant la politique de l'offre sans vergogne, en érodant allègrement les services publics, en chantant les louages du ruissellement et de la mondialisation. Le choc de la crise rend cette voie largement caduque et contestée et obligerait des volte-face salutaires. Mais la pression des réseaux financiers veillera à ce que la gouvernance ne se fasse pas hara kiri de cette voie. Yōsu o miyou!*

Si on élargit le débat, les observateurs les plus lucides s'attendent à une récession de grande importance. Le hic c'est que nous ne savons pas vraiment gérer les récessions.

Comme nous le disions, une forte récession ce n'est pas seulement un enjeu économique, mais aussi philosophique, moral, sociologique,... et politique! Or nous ne voulons même pas y penser!

Résultat, les pays "riches" comme la France tentent de se rétablir en tentant une relance acquise au prix de milliards déversés un peu au gré des foyers les plus urgents. Sauf qu'il s'agit d'argent-dette comme nous venons de le voir et que ce creusement devra s'arrêter un jour prochain. Alors,

1 il faudra(it) accepter que des pans entiers de l'économie fassent faillite,  car des entreprises ne seront plus viables, déversant des centaines de chômeurs dans la rue. C'est le lot des économies d'industries dépassées (automobiles, meubles,..) dont nous faisons partie. Il y aura des pays dont l'activité dépend du tourisme dévastés, un effondrement des prix du pétrole,... donc une contraction de la demande globale.

2 il faudra(it)  tenter un reset international (J. Stiglitz, K. Rogoff et C. Reinhart), c'est à dire un effacement de tout ou partie des dettes souveraines. De l'argent sera alors perdu, les créanciers devront l'accepter, ce qui exige un accord général des pays puissants; ce qui n'est pas une mince affaire. En attendant il faudra nécessairement vivre avec des taux d'intérêt fortement négatifs provoquant des risques importants de pénurie de liquidité.

3 il faudra(it) réaménager la mondialisation, notamment la circulation des marchandises et des personnes a l'aune d'une meilleure assomption des risques et d'une baisse des émissions carbonées. Ce réaménagement affectera certes les pays riches, mais assommera surtout les pays pauvres, les pays vivant du tourisme de masse.

"Nous ne savons pas où cela va, mais je suis très inquiet de la façon dont cela va se dérouler. Un milliard de personnes qui vivent dans les économies avancées - Europe, États-Unis, Japon - ont une capacité énorme pour y faire face, et la Chine a également fait preuve d'une grande flexibilité. Mais peut-être que pour les cinq autres milliards de personnes qui vivent sur les marchés émergents et les économies en développement, et qui sont extrêmement vulnérables, il s'agit d'un moment très dangereux".(Kenneth Rogoff).

La pandémie du coronavirus a pour effet de condenser une décennie de changements en une période beaucoup plus courte. Il serait nécessaire d'accélérer la réponse en faisant que ce retour obligé à un état-providence bien compris, contribue à des innovations significatives en termes de sécurité sanitaire, de solidarité, de pédagogie, de gestion du travail, de climatologie,… Ce serait des changements très importants! Le corona aurait été le vecteur d'une destruction créatrice de type schumpétérien. Or, j'ai tendance à croire, hélas, que tout va être mis en œuvre pour éviter au maximum lesdits changements. On appelle cela le cliquet idéologique.

 

* Nous verrons bien!

Commentaires

Et justement l'inconnue est de savoir comment sautera ce "cliquet idéologique " ?
Je crains que cela s'accompagne de violence ou ne se fasse que grâce à la violence.
Mais l'avenir n'est pas toujours catastrophique , même si de plus en plus nombreux sont les Dr Folamour à la tête des Etats. . En revanche je doute d'un retour
à un Etat providence et je vois plutôt une évolution vers des formes autoritaires.
En tout cas merci pour vos articles qui synthétisent de façon claire l'évolution du monde
politique ( au sens noble du terme ) qui nous entoure.

Écrit par : burrocalvo | 12/08/2020

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